Jnnrhndrxx : « Je mets en lumière des sujets de société importants comme le racisme ou la transphobie »

Rappeuse, actrice, autrice, mannequin et influenceuse allemande, Jnnrhndrxx (prononcez Jenner Hendrix) a plus d’une corde à son arc. L’artiste trans basée à Berlin nous parle de ses multiples activités, de son label HNDRXX CLAN et de son identité de « queen ». 

Comment et quand as-tu découvert le hip hop pour la première fois ?

J’ai grandi avec le hip hop à l’époque d’Ashanti, P. Diddy, 50Cent et Aaliyah. Cette culture a donc toujours fait partie de ma vie.

Tu as commencé à chanter à l’église à l’âge de 10 ans. Comment et quand as-tu commencé à rapper ?

J’ai chanté pendant 10 ans à la chorale et je dois reconnaître que le chant est toujours ma passion. Avec le rap, j’ai aussi commencé relativement tôt, secrètement quand j’étais enfant, et maintenant sur de grandes scènes.

Tu as commencé le mannequinat à l’âge de 14 ans. Qu’as-tu appris de cette expérience ?

Malheureusement, je n’ai pas beaucoup de choses positives à dire sur cette période, car je suivais des régimes malsains juste pour rester mince. J’ai arrêté le mannequinat à l’âge de 18 ans et je recommence aujourd’hui, mais j’ai une relation plus saine avec mon corps.

Tu es également actrice, autrice et influenceuse. Comment fais-tu pour allier toutes ces activités ?

Toutes mes activités se combinent très bien, car en tant que créatrice de contenu/influenceuse, j’ai toujours du contenu à produire pour ma musique ou d’autres choses. On vit une époque où on n’est plus seulement rappeuse ou autrice, mais on peut tout faire en même temps. Comme mon artiste préférée, Rihanna. : )

Quand as-tu créé le personnage de Jnnrhndrxx et comment le définirais-tu ?

Je ne dirais pas que j’ai créé ce personnage, Jnnrhndrxx fait aussi une partie de moi. Confiante, drôle, déterminée et parfois maladroite. : )

Comment composes-tu et écris-tu en général ? As-tu des sujets préférés ou des routines particulières ?

J’écris partout et à chaque fois qu’une phrase ou une idée de chanson me vient à l’esprit. Les notes sur mon téléphone sont déjà remplies de brouillons de chansons. Dans mes chansons, j’essaie de parler de mes expériences ou de célébrer ma vie en tant que femme. Je mets en lumière des sujets de société importants comme le racisme ou la transphobie.

Quel est le morceau dont tu es la plus fière à ce jour ?

Tout d’abord, je suis fière de toutes mes chansons, mais particulièrement du titre « Staaken Trauma », dans lequel j’évoque certaines parties de ma jeunesse.

Tu as sorti le EP Staaken Trauma sur ton label HNDRXX CLAN. Pourquoi et comment as-tu créé cette structure ?

Je veux aussi faire mon propre truc sur la scène musicale, alors j’ai sorti mon premier EP sur mon label indépendant HNDRXX CLAN. De la couverture à la dernière ligne, tout est venu de moi. C’était important pour moi de faire ça pour mon premier EP. Le HNDRXX CLAN soutiendra également d’autres artistes à l’avenir.

En tant que femme noire et trans, quels sont les principales difficultés auxquelles tu as dû faire face au cours de ta carrière ?

En tant que femme trans et noire, tu n’es pas seulement exposée au racisme, mais aussi au sexisme et à la transphobie. Par exemple, on ne te donne pas de rôle parce que tu es jugée trop noire. Ce sont mes expériences et j’ai beaucoup d’autres histoires, mais tu sais quoi ? Tout ça me rend plus forte.

Comment définis-tu ton propre féminisme et ta propre « queerness » ?

Je ne me définis pas « queen » juste parce que ça sonne bien, mais parce que pour moi, être une queen signifie ne pas se laisser faire et défendre ses droits. Je ne vais pas supplier les gens de m’accepter et de laisser une place à table – je vais la prendre.

Quels sont tes projets à venir ?

Disons que l’on ne s’ennuie jamais avec moi. Et vous n’avez pas à vous inquiéter, j’aurai toujours un projet, qu’il s’agisse de musique ou autre. J’espère avoir la chance de me produire en France bientôt. J’aime la comm française !

Que penses-tu de Madame Rap ? Des choses à changer ou à améliorer ?

J’aime beaucoup votre média. Vous offrez à de nombreux·euses rappeurs·ses une plateforme pour se faire connaître ou être vu·es. Continuez comme ça ! J’envoie beaucoup d’amour à la France et j’espère qu’on se verra un jour en vrai.

Retrouvez Jnnrhndrxx sur Instagram, TikTok, Twitter et YouTube.

Playlist #46 – Janvier 2023

Retrouvez notre playlist #46 sur YouTube, Spotify, Deezer et Apple Music avec 20 titres de rappeuses et rappeurs·euses LGBT+ du monde entier !

Avec :

  • Liouba (France, Paris)
  • La Gale (Suisse)
  • Nathalie Froehlich (Suisse)
  • Dibby Sounds (Suisse)
  • Raja Meziane (Algérie/Tchéquie)
  • Sorah (Royaume-Uni/France/Algérie/Allemagne)
  • Haszcara & Sir Mantis (Allemagne)
  • Satarii (Allemagne)
  • Yayoi Daimon (Japon) & Ramengvrl (Indonésie)
  • Boka Esquina (Bolivie)
  • Machete en Boca (Espagne) & Masta Quba (Mexique)
  • Eva Nova (République Dominicaine)
  • J Noa (République Dominicaine)
  • Eli Almic (Uruguay)
  • Clara Lima & Mc Luanna (Brésil)
  • Snow Tha Product (Mexique/États-Unis, San José)
  • Wynne (États-Unis, Portland)
  • Reverie (États-Unis, Los Angeles)
  • S3nsi Molly (États-Unis, Texas)
  • Pretty Dij (États-Unis, New York)

Madame Talk x Le Talu

Découvrez notre podcast Madame Talk avec le rappeur trans non-binaire bruxellois Le Talu !

Rappeur et comédien trans non-binaire âgé de 27 ans, Le Talu s’est lancé dans la musique il y a un an et demi. Né en France, il grandit dans les Alpes, près de l’Italie où il pratique le ski de compétition. Il part ensuite faire son lycée en ville pour suivre un cursus théâtre. À 18 ans, il entre dans une école de théâtre à Liège, en Belgique, et s’installe à Bruxelles à la fin de ses études.

C’est en évoluant dans un milieu queer militant qu’il commence à écouter véritablement du rap, lors de manifestations pour le droit au logement ou dans des espaces autogérés.

Pendant la pandémie de Covid, il ouvre avec des amis un squat de 3000 m2 à Bruxelles, où sont organisés des open mics clandestins. Après le confinement, il co-fonde Gender Panic, collectif de 13 artistes femmes et queer qui valorise la création musicale sous toutes ses formes : écriture, composition, enregistrement studio, ateliers de freestyle, management, et organisation d’open mics en non-mixité choisie sans hommes cis-hétéros.

C’est grâce à ce projet que Le Talu se met à écrire régulièrement, gagne en confiance et se lance plus sérieusement dans la musique. Notamment influencé par la trap actuelle et Lala &ce, il se définit comme un « bébé du rap » et continue de peaufiner son style.

Il nous raconte son parcours, ses combats, son travail de comédien, et son univers musical en perpétuelle évolution.

Écouter le podcast sur toutes les plateformes.

VIDÉO – 6 titres à écouter cette semaine

Découvrez notre sélection de 6 titres à écouter cette semaine !

Avec :

 

VIDÉO – 14 rappeuses sénégalaises à connaître

Découvrez notre sélection de 14 rappeuses sénégalaises à connaître !

Fondé en 1997, le trio ALIF a ouvert la voie à de nombreuses femmes dans le rap au Sénégal. Bien que largement masculine, la scène actuelle regorge de rappeuses quand on y regarde de plus près. En anglais, en français ou en wolof, ces artistes jonglent entre boom bap, trap et drill et y incorporent des éléments électro, mbalax, pop ou RnB. Bref, il y en a pour tous les goûts !

Voici donc 14 artistes à connaître, sélectionnées parmi les 25 MCs sénégalaises répertoriées sur Madame Rap.

Avec :

À lire aussi : GOTAL : « Considérez-nous comme des êtres humains avant tout » et à écouter : « Playlist #11 – Confinement – 30 rappeuses d’Afrique subsaharienne« .

VIDÉO – 6 titres à écouter cette semaine

Découvrez notre sélection de 6 titres à écouter cette semaine !

 

Avec :

VIDÉO – Rap, questions queer et féminisme : comment éviter la récupération et le pink/femwashing des médias dominants ?

Rap, questions queer et féminisme : comment éviter la récupération et le pink/femwashing de la part des médias dominants ?

 

VIDÉO – 6 titres à écouter cette semaine

Découvrez notre sélection de 6 titres à écouter cette semaine !

 

Avec :

  • Fanny Polly – POLLYPHONIK – Episode 03 – OKEUH (France, Mouans-Sartoux/Paris)
  • Nathalie Froehlich – Alcool (Suisse, Lausanne)
  • Sorah – Coochie Gang (Royaume-Uni/France/Algérie/Allemagne)
  • Enchanting – Walk (Kodak Black Freestyle) (États-Unis, Texas)
  • Snow Tha Product & Santa Fe Klan – Bájala (États-Unis/Mexique, San José)
  • Wynne – Catalyst II (États-Unis, Portland)

Playlist #45 – 30 chansons de rappeuses et rappeurs·euses LGBT+ qui ont marqué 2022

Découvrez notre playlist de 30 titres de rappeuses et rappeurs·euses LGBT+ qui ont marqué 2022 avec 34 artistes de 15 pays différents !

 

Avec :

  • Nayra (France, Saint-Denis)
  • Lazuli (Chili/France, Lyon)
  • Maicee (France, Montpellier)
  • La Valentina (Colombie/France, Paris)
  • Liza Monet (France, Paris)
  • Carmeline (Autriche/Palestine/France, Paris)
  • Sir Mantis (Allemagne)
  • Alice Dee (Allemagne)
  • Kerosin95 (Autriche)
  • Silvana Imam (Suède)
  • Anier (Espagne)
  • Tribade (Espagne)
  • Huda (Maroc/Espagne)
  • Killa Bi (Brésil)
  • Laysa (Brésil)
  • Nina Utashiro (Japon/Allemagne)
  • Awich (Japon)
  • Since (Corée du Sud)
  • CL (Corée du Sud)
  • Vinida (Chine)
  • Toya Delazy (Afrique du Sud)
  • Yugen Blakrok (Afrique du Sud)
  • Deyah (Royaume-Uni, Pays de Galles)
  • Flo Milli (États-Unis, Alabama, Mobile)
  • Big Zen, Connie Diiamond & Billy B (États-Unis, New York)
  • Nanna Goodie (Canada, Toronto)
  • Rico Nasty & BKtherula (États-Unis, Washington D.C./Atlanta)
  • Doechii (États-Unis, Floride, Tampa)
  • Ice Spice (États-Unis, New York)
  • Asian Doll (États-Unis, Texas, Dallas)

Écouter la playlist sur Spotify, Apple Music, Deezer et YouTube.

INFOGRAPHIE 2022 – Les rappeuses et rappeurs·euses LGBT+ dans le monde

Pour la troisième année consécutive, Madame Rap présente une infographie réalisée à partir de son répertoire de rappeuses et rappeurs·euses LGBT+ du monde entier.

© Music : Carmeline – Koulchi Money

Premier média dédié aux femmes et aux LGBT+ dans le rap, Madame Rap s’attache depuis 2015 à déconstruire les clichés et à visibiliser les rappeuses et rappeurs·euses LGBT+.

Dans cette optique, et pour la troisième année consécutive, nous avons réalisé une infographie à partir de notre répertoire de rappeuses et rappeurs·euses LGBT+ en ligne. Régulièrement mise à jour, cette base de données rassemble des artistes internationaux·ales qui s’identifient comme femmes ou LGBT+ et ont publié au moins un morceau en physique, en ligne ou sur les réseaux sociaux.

Le but de cette démarche est de créer des archives et de redonner à ces artistes insivisibilisé·es leur place dans l’histoire du rap.

Avec 3028 artistes de 125 pays différents, (2653 rappeuses et 375 rappeurs·euses LGBT+) dont 444 en France, peut-on encore prétendre qu’il n’y a pas de femmes et de queer dans le rap ?

Télécharger l’infographie en français et en anglais.

Madame Talk x Liza Monet

Découvrez notre podcast Madame Talk avec la rappeuse parisienne Liza Monet !

D’origine réunionnaise et congolaise, Liza Monet naît à Clamart, dans les Hauts-de-Seine et baigne dans la musique dès le plus jeune âge. Considéré comme le créateur du Soukous, son père, Aurlus Mabélé, est une véritable star de la chanson au Congo. Alexandra, de son vrai nom, chante du gospel à l’église et écrit ses premiers textes à l’âge de 15 ans. Elle commence à rapper à la même époque avec l’idée d’en faire son métier.

Inspirée par Lil’ Kim, Missy Elliott et Nicki Minaj, elle crée le personnage de Liza Monet, rappeuse hypersexualisée et « hardcore » qui fait figure de pionnière sur la scène rap française. Toutefois, son parcours est la parfaite illustration du sexisme et du slut-shaming systémiques auxquels les femmes, et les rappeuses, sont confrontées dans notre société.

En 2012, Liza Monet sort les clips « My Best Plan » et « Yaourt Aux Fruits » qui cumulent rapidement un nombre de vues impressionnant. Mais les réactions sont loin d’être élogieuses. Trop vulgaire, trop crue, trop provocante… Les internautes et les médias lui reprochent notamment d’avoir participé à des castings de film porno quelques années auparavant. L’artiste devient la cible d’insultes et de moqueries, à une époque où le cyber harcèlement et les violences sexistes en ligne ne sont pas un sujet. Pour dépasser ce bad buzz, Liza Monet se fait discrète mais continue de travailler son flow, sa plume et sa musique.

Celle qui dit rapper « comme un homme dans un corps de femme » revient cinq ans plus tard, avec un second album, puis un EP et une série de freestyles. L’acceptation de soi, la liberté, le body-positivisme, l’ego trip et la sexualité sont des sujets récurrents dans ses textes.

Dix ans après ses débuts, Liza Monet est devenue une icône, très appréciée dans la communauté LGBT+. Néanmoins, la rappeuse nous rappelle que peu de choses ont changé. L’étiquette du porno qui lui a été collée reste indécollable et son rôle de pionnière ne lui est toujours pas reconnu.

Elle nous parle de la précarité du statut d’artiste indépendante, du traitement de faveur réservé aux hommes dans le rap, et de son prochain projet qui verra le jour cet hiver. Elle nous raconte aussi comment elle ne cesse de se battre contre un système profondément sexiste qui tente invariablement de silencier les femmes libres.

Écouter le podcast sur toutes les plateformes.

VIDÉO – 6 titres à écouter cette semaine

Découvrez notre sélection de 6 titres à écouter cette semaine !

 

Avec :

 

 

Sara ATH : « La musique fait partie de mon activité politique »

Rappeuse grecque d’origine égyptienne, Sara ATH a grandi à Athènes et au Caire et vit désormais à Berlin depuis deux ans. L’artiste nous parle de son expérience militante au sein de mouvements anarchistes, antifascistes et anticapitalistes, de son féminisme, de son rap « politique et biographique » et de son nouvel album Amazons of the Concrete.

Tu viens d’Athènes mais tu as grandi dans une famille égyptienne, avec un père musulman (qui a été une figure majeure de la domination masculine tout au long de ta vie) et une mère chrétienne. Peux-tu expliquer l’impact de ce parcours sur ton envie de faire de la musique ?

Je pense que les différentes expériences qui m’ont défini en tant que personne ont influencé ma façon de faire de la musique. Donc c’est aussi le cas de cette expérience en particulier, qui je relate dans le titre « Στέκω Γυναίκα ». Cependant, bien que ce soit ma propre histoire, des situations similaires d’oppression des femmes peuvent se retrouver dans des familles régies par la domination patriarcale.

Quels artistes as-tu écouté en grandissant ?

J’ai certainement été influencée par de nombreux genres musicaux différents, en particulier venant des deux cultures dans lesquelles j’ai grandies. Je ne peux pas faire de réelle distinction entre les artistes et les genres musicaux spécifiques. Je pense que ce ne serait pas juste.

Tu dis que le hip hop féministe est ce qui t’a fait découvrir la culture hip hop. Qu’entends-tu par « hip hop féministe » ?

En fait, je n’ai pas exactement dit ça. Je pense que par le passé, j’ai déclaré en interview que le rap féministe était la raison qui m’avait fait me lancer dans le rap. À l’époque où j’ai commencé, il n’y avait aucune MC en Grèce qui avait des paroles explicitement féministes et je suis très heureuse et fière d’avoir contribué à ouvrir la voie dans cette direction.

Tu as rejoint des mouvements anarchistes, antifascistes et anticapitalistes quand tu étais plus jeune, mais tu as été déçue par le sexisme et la misogynie que tu y as rencontrés. Comment le rap t-a-t ’il aidé à traverser tout ça ?

Question intéressante… J’ai toujours trouvé que les préoccupations que je soulevais et les critiques que je faisais, en particulier sur les questions de genre et féministes, que ce soit dans un contexte social plus large ou dans le mouvement lui-même, n’étaient pas faciles à exprimer dans les cercles dans lesquels je militais.

Ainsi, le rap a été mon outil et mon exutoire, me permettant d’ouvrir ces questions et de dire ce que je pense en public. Sans être prise au piège dans les processus politiques, et dans un contexte où, à ce moment-là, l’espace nécessaire ne m’était pas donné.

Comment décrirais-tu ta musique ?

Je fais du rap politique avec beaucoup de références biographiques. Dans mes morceaux, je décris mes expériences ou mes positions politiques. Musicalement, j’aime beaucoup le rap old school, mais j’aime aussi les nouveaux éléments qui ont été introduits dans cette musique, comme les sons électroniques, et son évolution.

En tant qu’individu, je trouve que l’expérimentation est un défi et j’aime beaucoup essayer de nouvelles choses. Par exemple, des beats de drill. Je n’aime pas particulièrement avoir un résultat prédéterminé, je préfère la diversité dans ma musique. Dernièrement, dans ce contexte d’expérimentation, j’ai même flirté un peu avec le reggaeton et les beats africains.

Ta musique et ta vie sont étroitement liées. Te vois-tu comme une militante qui fait de la musique ou une artiste qui fait de la politique ? Ou les deux ?

D’abord, je dirais que la musique fait aussi partie de mon activité politique. Au fil des ans, en émigrant à Berlin et en essayant de trouver ma place ici et d’entrer en contact avec la vie politique de la ville et du pays, les frontières entre ces catégories se sont estompées et m’a parfois amené à faire les deux.

Pourquoi as-tu quitté la Grèce pour t’installer à Berlin et qu’en as-tu retiré en tant qu’artiste ?

Je suis une immigrée économique. Je suis venue à Berlin parce que je devais travailler, comme beaucoup de mes camarades grecs. Surtout avec la situation en Grèce ces dernières années, il est devenu nécessaire pour de nombreuses personnes de partir à l’étranger pour pouvoir gagner leur vie.

Pour le rap, être dans un autre pays rend très difficile le fait de faire passer les messages que tu voudrais faire passer. Donc, le défi était d’y parvenir. Surtout venant de Grèce, où la scène anti-commerciale est beaucoup plus importante et fait partie du mouvement. J’ai réalisé que la scène ici était plus « underground » et j’ai eu des difficultés à décider où je voulais me situer et ce que je voulais défendre.

D’un autre côté, j’ai pris contact avec des personnes de la scène rap politique en Allemagne, avec qui j’ai travaillé pour certaines. Je suis très contente de voir que je peux m’entendre avec elles et, par la collaboration et la synergie, emmener les choses dans la direction que je souhaite. Donc, je dirais que je suis optimiste quant à la direction que je vais prendre à l’avenir.

Tu viens de sortir l’album Amazons of the Concrete. Peux-vous nous dire comment et avec qui tu as travaillé sur ce projet ?

L’album s’appelle Amazons of the Concrete et est sorti chez BocaRecords. J’ai travaillé dessus en grande partie avec Paul de Krav Boca, mais plusieurs autres personnes ont aussi contribué à son élaboration.

Il y a 4 chansons avec Aeon, Krav Boca, Ratur et MC Josh. Les beats sont signés Zero, Nosfer, Critical, Amatomic, Krav Boca et Kindred. Les enregistrements ont été réalisés par Spoke au Slomo Studio à Berlin et le mix/mastering a été fait par Incognito au Pineline Studio à Athènes.

L’univers est un peu sombre et mélancolique avec des influences old school, mais aussi des sonorités plus nouvelles, de la drill et de l’électro.

À quoi ressemble la scène rap pour les femmes et les LGBT+ en Grèce en ce moment ?

De nos jours, la scène est beaucoup plus conviviale. On peut y voir beaucoup de femmes et de personnes LGBTQIA+ et je m’en réjouis. Mais j’ai peur que l’industrie s’approprie, avec la montée de #MeToo et conformément à ses tendances capitalistes, la musique produite par ces artistes. Il est important de rappeler que le rap politique n’est pas seulement une occasion de faire la fête, mais porte aussi une dimension plus sociale. Bien sûr, c’est sympa de s’amuser, mais ce n’est pas tout.

Des artistes à nous recommander ?

J’ai le plaisir et l’honneur de faire partie du collectif PowerRap Girlz, qui comprend de nombreuses femmes et personnes queer et je vous recommande fortement d’aller écouter. Plus précisément Aeon, Rrrraaapp Skandalo, Luba Luft, Lini, m0stra, karoshi, Δαιμόνιο, Laru et iou.

Comment définirais-tu ton propre féminisme ?

Je le décrirais comme queer et intersectionnel, questionnant l’hétéronormativité, tout en englobant la politique identitaire, la tentative de créer des espaces plus safe et le classisme. De plus, et sans aucun doute, je crois aux féminismes radicaux issus des classes populaires et de leurs luttes. En même temps, comme on peut l’imaginer compte tenu de mes origines, je suis particulièrement intéressée par une approche BIPOC.

As-tu d’autres projets à venir en plus de ton nouvel album ?

Je prépare une chanson avec Refpolk pour son nouvel album, et le clip de « Wo Kommst Du Her » avec MC Josh va bientôt sortir. Je suis aussi en discussion pour d’autres collaborations dont vous entendrez parler bientôt.

Que penses-tu de Madame Rap ? Des choses à changer ou améliorer ? 

C’est très important de faire l’effort de rassembler et mettre en valeur les MCs qui ne sont pas des hommes cis et en particulier, comme le fait Madame Rap, de mettre l’accent sur la scène queer. La visibilité de ces artistes est très importante, et ça me fait très plaisir qu’il y ait des gens qui portent des projets comme celui-ci.

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