Ayelya : « J’essaie de raconter ma vérité en espérant qu’elle parle à d’autres »

Ancienne choriste de Youssoupha, Ayelya sort aujourd’hui le EP Nota Bene. La chanteuse/rappeuse originaire de Mantes-La-Jolie (78), nous parle de sa double participation à The Voice, de sa collaboration avec le pianiste de jazz Clyde et de son rap « éclairé ». 

Quand et comment as-tu découvert le hip hop ?

Je suis née dedans. Mon grand frère, qui a quatre ans de plus que moi, écoutait du rap toute la journée et me faisait écouter ses cassettes à l’époque. C’était surtout du rap français, Secteur Ä, Passy, IAM, NTM, Diam’s. Aussi Eminem et Missy Elliott en rap US. C’était un moyen d’avoir un point de jonction et une forme de lien avec mon frère.

Où as-tu grandi ? 

J’ai grandi une partie de ma vie dans le quartier du Val Fourré à Mantes-La-Jolie et après on a déménagé à Gassicourt. C’était un peu l’ascension sociale ! Après, je suis allée en lycée militaire où j’ai fait mes classes aux côtés de Vianney. J’ai croisé un peu tous les univers. Initialement, je voulais être médecin et ne me destinais pas à faire de la musique.

Tu es chanteuse et rappeuse. As-tu commencé les deux en même temps ou à des moments différents ?

J’ai toujours écrit et j’ai toujours écrit du rap français parce que c’est ce que j’écoutais. Je n’avais pas les codes de la chanson française.

Quand j’étais à la fac et que j’ai commencé à avoir plus de libertés, la première chose que j’ai faite c’est d’aller faire des refrains pour mes copains de cité qui avaient des studios. C’était la seule manière de légitimer un peu ma place dans le hip hop. J’ai pratiqué le chant parce que j’avais une voix et je me suis toujours exercée sur ça, mais j’ai toujours écrit du rap. Quand il s’est agi de lier les deux, c’était un véritable exercice. Il y a une chanson de variété que j’ai vraiment réussi à écrire, on l’a enregistrée et on a bien ri !

Ensuite, j’ai continué à écrire mes chansons avec beaucoup trop de pieds pour que ce soit une chanson standard. J’ai toujours fonctionné par mimétisme, c’était ça que je voulais mettre dans mes chansons, même si, avec ma voix j’aurais pu faire autre chose.

Tu as participé à The Voice. Qu’as-tu appris de cette expérience ?

Je l’ai fait deux fois. La première fois, j’ai obtenu la bénédiction de mes parents pour faire de la musique. Ma mère est médecin et mon père est ingénieur informaticien, ils ont quitté l’Afrique et sont venus en France. Ils ont quitté le ghetto pour un pavillon à Mantes-La-Jolie. Donc pour eux, c’était logique que je fasse des études, alors que pas du tout ! C’est en ramenant mes parents à The Voice que j’ai pu lâcher mes études. Aussi lettrés soient-ils, la télévision française représente quand même quelque chose pour eux. Mon père n’avait pas la télé chez lui.

Après ça, ils m’ont dit « tu n’as plus intérêt à faire demi-tour ». J’ai compris que c’était plus une émission de télé qu’un tremplin musical. Il faut y aller avec un projet travaillé. C’est un peu l’erreur que font les candidats, qui restent bloqués au script télé. Il faut y aller armée.

La deuxième fois, j’avais un projet à défendre, un trio avec des copines à moi. Là, c’était plus un moyen qu’une fin. Malheureusement, notre collaboration s’est arrêtée après, mais c’était intéressant de faire l’émission dans ces conditions. La première fois, comme l’outsider, la seconde fois, comme celle qu’on attendait. C’était deux parcours différents et je ne regrette pas du tout de l’avoir fait.

Tu travailles avec Clyde, un pianiste de jazz qui collabore notamment avec MHD. Comment composez-vous à deux ? 

Au début, je venais avec des textes et des maquettes que je trimballais. Même si j’étais assurée en tant que chanteuse, je ne me sentais pas forcément légitime d’exposer mes textes aux autres. J’ai ma plume, mais c’est toujours compliqué. Face au CVs de certains compositeurs avec lesquels j’ai travaillé, j’avais du mal à ne pas me laisser effacer par leur créativité et leur talent. Et Clyde est le seul qui s’est mis à mon niveau tout de suite. Il était très à l’écoute. Il avait une capacité de projection incroyable et visualisait tout de suite ce que je voulais. En fait, c’est le seul compositeur que j’ai trouvé qui n’a pas tout de suite voulu m’imposer des codes.

On me disait « ah c’est du RnB alors on va faire comme ça », alors que j’avais souvent en tête des sons hybrides et un Rn’B plus hip hop ou un hip hop plus chanté. Je ne voulais pas que ce soit ou l’un ou l’autre. J’ai écouté des artistes comme Lauryn Hill qui n’ont jamais eu à choisir entre les deux. C’est très français de vouloir mettre les gens dans des boîtes.

Du coup, on est parti de mes textes, et il a construit tout autour. Avec le temps, la confiance s’est établie. Aujourd’hui, on le fait en simultané. Et bien sûr, on est des insomniaques !

Tu as également été choriste et backeuse de Youssoupha. Que retires-tu de cette collaboration ?

C’était une expérience hyper valorisante. Je suis hyper fière, c’est un artiste transgénérationnel chez nous. J’ai écouté les musiques de son père (Tabu Ley Rochereau) avec mon père, j’ai écouté Youssoupha avec mon frère.

Tu sors le EP Nota Bene. Peux-tu nous en dire plus sur ce projet ?  

C’est un projet où on a mis tout ce qu’on aimait. Ça va du hip hop à des sonorités plus afro. Le fil conducteur est ma collaboration avec Clyde et ce phrasé entre rap et chant. Le EP est construit comme des pense-bêtes, des petites notes à ne pas oublier pour traverser les années sans perdre la tête.

Tu dis faire « un rap éclairé mais pas conscient ». Peux-tu nous expliquer ce que tu entends par là ?

Je suis une toute jeune trentenaire qui regrette un peu la vingtaine ! Je n’ai pas la prétention de vouloir donner des conseils ou, comme ceux qui font du rap conscient, de vouloir expliquer la vie aux gens. J’ai juste la prétention de vivre la mienne en essayant d’avoir les yeux le plus en face des trous possible et de raconter ma vérité, en espérant qu’elle parle à d’autres. Au final, il n’y a pas un million d’émotions sur la planète. Je pense que si je suis vraie avec les quatre ou cinq émotions que je deale, ça parlera toujours à quelqu’un. Je sais que j’ai été parfois ramenée à la vie par des chansons aux émotions criantes de vérité, c’est cet éveil qui rend la musique utile. On peut chiller, danser en boîte, c’est cool, mais il faut ressentir quelque chose, je pense que c’est important.

Quelles sont les femmes qui t’inspirent ?

Je citais Lauryn Hill, il y aussi Beyonce, Missy Elliott, Diam’s. Il y a plein de nouvelles femmes qui arrivent dans le rap et la chanson. J’espère qu’on va réussir à prendre toutes notre place parce que les hommes ne nous laissent pas de répit !

Te définis-tu comme féministe ? 

C’est un mot dangereux. Tous les mots qui finissent en « iste », c’est compliqué. C’est un peu comme les kystes, on est pas sûr de vouloir en avoir ! Je me considère comme un individu sur cette planète, je défends toutes les causes. Je suis pour l’ouverture d’esprit à toutes les peines.

Quels sont tes projets à venir ?

Je suis un peu une hyperactive. Mon projet alimentaire, c’est que je suis sur la tournée de Dadju. À côté de ça, je suis lead vocal d’un groupe qui s’appelle Supa Dupa et on prépare un album pour très bientôt. C’est du hip hop soul jazz en anglais. Je me fais aider pour l’écriture par un ghostwriter australien qui s’appelle Nelson Dialect, qui est un rappeur hors pair et champion de freestyle.

C’est rigolo parce que ce projet en anglais a été alimenté par les trouvailles que je faisais avec Clyde, notamment dans le placement de voix. En anglais, c’était beaucoup plus systématique pour moi de faire le rap d’un côté et le chant de l’autre. Les deux projets se répondent un peu.

Que penses-tu de Madame Rap ? Des choses à changer/améliorer ?

Je pense que Madame rap, ça tue. C’est bien de mettre en lumière des talents et des voix féminins. Il faudrait faire encore plus de scènes et d’événements pour fédérer autour de cette communauté. Je trouve ça hyper cool !

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© Ashley Foko

Playlist Madame Rap – Mars 2020

Retrouvez notre playlist du mois de mars sur YouTube, Spotify, Deezer et Apple Music !

Avec :

  • Connie Diiamond & Nyemiah Supreme (États-Unis, New York)
  • Fanny Polly (France) et MCM (Québec)
  • La Gale (Suisse)
  • Asayel Slay (Arabie Saoudite)
  • Casey/Ausgang (France, Blanc-Mesnil)
  • Lucy Camp (États-Unis, Californie)
  • Chika (États-Unis, Alabama)
  • Cintia (Portugal)
  • Princess Nokia (États-Unis, New York)
  • Crown Bella (Philadelphie)
  • Bambina (France, 92)
  • Juste Shani (France, Wissous)
  • Tracy De Sà (France, Lyon)
  • Liza Monet (France, Paris)
  • AK47Meow (France, Saint-Ouen)
  • Jaewynn (États-Unis, Los Angeles)
  • Bry’O (France, Bry-sur-Marne)
  • Muthoni Drummer Queen (Kenya)
  • Sarahmée (Canada, Québec)
  • Tribade (Espagne)
  • Domo Wilson (États-Unis, Chicago/Valparaiso)
  • Dope Saint Jude (Afrique du Sud)
  • Marie Gold (Canada, Québec)
  • Kamaiyah (États-Unis, Oakland)
  • Takahara Suiko (Malaisie)
  • Dee MC (Inde)

Vicky R : « Je me suis trouvée musicalement »

D’origine gabonaise, Vicky R fait ses premiers pas de MC en 2012. La rappeuse et beatmakeuse lilloise nous parle de son parcours, de sa récente signature chez Believe et de son premier EP V qui sort le 27 mars. 

Nous t’avions interviewée en juin 2017, que s’est-il passé pour toi depuis deux ans et demi ?

Depuis ma dernière interview avec Madame Rap, il s’est passé beaucoup de choses. Je me suis trouvée musicalement déjà, ça a pris du temps, mais là je suis prête. Sinon, dans les grandes lignes, j’ai été découverte par un autre public après mon passage dans le Planète Rap de Chilla, j’ai fait un BET cypher, j’ai participé à la compilation La Relève by Deezer et j’ai signé chez Believe Music France.

Félicitations ! Comment s’est passé cette signature ?

Merci beaucoup ! Pour la signature chez Believe, j’ai été contactée par le directeur de TuneCore, qui est le distributeur du titre de La Relève. Il m’a contactée avant la sortie parce qu’il avait vraiment aimé le son et on a été mis en contact avec Alexis qui est découvreur de talents chez Believe et qui nous a proposé un rendez-vous. On a discuté et il m’a fait une proposition. J’ai eu plusieurs autres propositions, mais le feeling est vraiment bien passé avec les équipes de Believe. Du coup, c’était un peu la suite logique de tout ça.

Comment définirais-tu la musique que tu fais aujourd’hui ?

Je dirais que je suis une artiste à part entière, que ma musique peut, je pense, toucher tout le monde, mais qu’elle reflète assez bien ce que je suis, ce que j’ai pu vivre ou ce que des personnes de mon entourage ont pu vivre. Je suis très ambitieuse et impliquée dans ce que je fais, et je pense que ça se ressent bien dans ma musique.

Comment composes-tu tes morceaux et avec qui travailles-tu ?

Je commence toujours par écouter beaucoup de musique, de tous genres. Je fonctionne beaucoup au coup de cœur. Quand j’écoute une prod, je sais au bout de 30 secondes généralement si elle va me parler ou non et si ce n’est pas le cas, je passe à autre chose. J’ai rarement des thèmes de base, mais j’aime parler d’espoir, de ressenti et de famille et d’amour parfois, ça dépend dans quel état d’esprit je suis. Je travaille avec plusieurs producteurs différents, et je fais des arrangements sur certains tracks. Après, il m’est arrivé d’écrire pour d’autres artistes, comme topliner et de produire. Ça dépend vraiment du contexte.

Tu as sorti le single BB fin janvier et sors un EP. À quoi devons-nous nous attendre ?

Dans l’ensemble, ce sera un projet assez introspectif avec un fil conducteur : ma place dans la musique et mes émotions de femme. On a beaucoup réfléchi sur ce projet, on a fait plusieurs sons et travaillé avec des très bons producteurs, donc je pense que c’est un projet authentique, qui me reflète bien encore une fois. Pareil pour les clips. On y réfléchit et on va essayer de faire une belle identité visuelle autour de tout ça, et ça va commencer par le clip de BB.

Est-ce que tu vis du rap aujourd’hui ? Si non, est-ce que c’est ce que tu souhaites ?

Non, je ne vis pas du rap aujourd’hui. Je suis diplômée du coup et je travaille à coté, mais toujours dans le milieu musical. Pourquoi pas, comme je dis dans un son ‘’on le fait par amour et pour la maille’’, j’ai des entrées d’argent grâce à la musique, mais c’est pas ma principale source de revenu aujourd’hui.

En 2017, tu nous disais que tu écoutais le best of de Michael Jackson et Hiro. Tu écoutes quoi en ce moment ?

En ce moment, j’écoute mon projet haha ! Pour les mix, tout ça. Sinon, j’écoute beaucoup de Kehlani, Serge Gainsbourg en boucle. J’ai des phases comme ça dans l’année, où j’ai besoin d’écouter autre chose que du rap, du gospel, Gangsta de Darkoo, Déborder de RSK , l’album de Hokube, du Justin Timberlake, du Tengo John …C’est assez varié.

Quels sont tes prochains projets ? 

Mes projets avec l’EP, c’est de m’installer dans le paysage rap, faire découvrir ma musique , mettre le Gabon sur la map dans le rap français, parce qu’on n’a pas encore quelqu’un de bien installé ici, défendre mon projet sur scène aussi. Il y aura des live, un album certainement après le deuxième projet. Avec mon équipe, on a prévu deux projets cette année et j’ai vraiment hâte.

Que peut-on te souhaiter ?

De la réussite dans mes projets et surtout d’atteindre mes objectifs. Je fonctionne par objectif chaque année. Du coup, quand il faudra faire le bilan à la fin de celle-ci, j’aimerais que toutes les cases soient cochées.

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© Novphotographyy

Zebra Katz : « Le hip hop est une forme de récit pour les opprimés »

Mars 2012. C’est la Fashion Week de Paris. Comme bande-son de son défilé, le styliste américain Rick Owens choisit le titre Ima Read d’un jeune rappeur new-yorkais nommé Zebra Katz. Le succès est instantané. Le monde de la mode s’entiche de l’esthétique queer et sombre de l’artiste.

Alors que les rappeuses américaines Azealia Banks et Angel Haze, ainsi que le chanteur Frank Ocean font leur coming out (pansexuel pour la première, bisexuel pour les deux autres), Zebra Katz se retrouve érigé à leurs côtés en pionnier du rap queer.

Huit ans plus tard et après plusieurs collaborations et explorations musicales et trois singles sortis au compte-gouttes depuis novembre 2019 (LOUSY/INN, ISH et UPP) Zebra Katz sort son premier album Less Is Moor le 20 mars. De passage à Paris, l’auto-proclamé « rappeur sombre » nous parle de son statut d’artiste indépendant, noir, queer et hors cases, de l’inclusivité du hip hop et de sa musique hybride.

Less Is More disponible le 20 mars 2020

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Playlist Madame Rap Confinement #1 – 80 rappeuses old school

Découvrez notre playlist spécial confinement avec 80 rappeuses old school de 1979 à 1999 ! 

Rien de tel que le confinement pour (re)découvrir les rappeuses pionnières et rappeler qu’il y a toujours eu des femmes dans le rap !

Avec :

  • 1979 : Lady B (États-Unis)
  • 1980 : Queen Lisa Lee (États-Unis)
  • 1984 : Sha-Rock (États-Unis)
  • 1984 : Lady Crush (États-Unis)
  • 1985 : Pebblee-Poo (États-Unis)
  • 1988 : Sweet Tee( États-Unis
  • 1988 : JJ Fad (États-Unis)
  • 1988 : Cassidine (États-Unis)
  • 1988 : Wee Papa Girl (Royaume-Uni)
  • 1988 : The Real Roxanne (États-Unis)
  • 1989 : Cookie Crew (Royaume-Uni)
  • 1989 : Wanda Dee (États-Unis)
  • 1989 : Oaktown 3-5-7 (États-Unis)
  • 1989 : Ms Melodie (†) (États-Unis)
  • 1989 : Roxanne Shanté (États-Unis)
  • 1989 : Antoinette (États-Unis)
  • 1990 : Monie Love (Royaume-Uni)
  • 1990 : Tairrie B (États-Unis)
  • 1990 : Neneh Cherry (Suède)
  • 1990 : Isis aka Lin Que (États-Unis)
  • 1990 : MC Luscious (États-Unis)
  • 1990 : MC Trouble (†) (États-Unis)
  • 1990 : Shazzy (États-Unis)
  • 1991 : Sister Souljah (États-Unis)
  • 1991 : Overweight Pooch (États-Unis)
  • 1991 : Saliha (France)
  • 1991 : Nikki D (États-Unis)
  • 1991 : Queen Mother Rage (États-Unis)
  • 1992 : B-Love (France)
  • 1992 : Yo Yo (États-Unis)
  • 1992 : The Poetess (États-Unis)
  • 1993 : Sonya C (États-Unis)
  • 1993 : Gwladys (France)
  • 1993 : MC Lyte (États-Unis)
  • 1993 : Queen Latifah (États-Unis)
  • 1993 : Salt N Pepa (États-Unis)
  • 1993 : Conscious Daughters (États-Unis)
  • 1993 : Nefertiti (États-Unis)
  • 1993 : Boss (États-Unis)
  • 1993 : Smooth (États-Unis)
  • 1994 : Sisters Of The Underground (Nouvelle-Zélande)
  • 1994 : Sté Strausz (France)
  • 1994 : Lady of Rage (États-Unis)
  • 1994 : Da Brat (États-Unis)
  • 1994 : Sha’Key (États-Unis)
  • 1994 : JV (États-Unis)
  • 1994 : HWA (États-Unis)
  • 1995 : Melaaz (France)
  • 1995 : Left Eye (†) (États-Unis)
  • 1995 : Shortie No Mas (États-Unis)
  • 1996 : Silouette (États-Unis)
  • 1996 : Mother Superia (États-Unis)
  • 1996 : Combless Negro Child (États-Unis)
  • 1996 : EK-Tomb (France)
  • 1996 : Bahamadia (États-Unis)
  • 1996 : Foxy Brown (États-Unis)
  • 1996 : Lil’ Kim (États-Unis)
  • 1996 : Nonchalant (États-Unis)
  • 1996 : U-Neek (États-Unis)
  • 1996 : Da 5 Footaz (États-Unis)
  • 1997 : Deadly Venoms (États-Unis)
  • 1997 : II Tru (États-Unis)
  • 1997 : Hurricane G (États-Unis)
  • 1997 : Queen Pen (États-Unis)
  • 1997 : Mia X (États-Unis)
  • 1997 : Gripsta (États-Unis)
  • 1998 : Sylk-E Fyne (États-Unis)
  • 1998 : Donya (France)
  • 1998 : Lauryn Hill (États-Unis)
  • 1998 : Heather B (États-Unis)
  • 1998 : Paula Perry (États-Unis)
  • 1998 : K.P. (États-Unis)
  • 1999 : Bam’s (France)
  • 1999 : Lady Laistee (France)
  • 1999 : Rah Digga (États-Unis)
  • 1999 : Missy Elliott (États-Unis)
  • 1999 : EVE (États-Unis)
  • 1999 : Solé (États-Unis)
  • 1999 : Mocha (États-Unis)
  • 1999 : Diam’s (France)

Report de la résidence itinérante de Madame Rap en Seine-Saint-Denis

En raison du contexte actuel et des mesures sanitaires mises en place face au coronavirus, Madame Rap est au regret de vous annoncer que les différents événements prévus dans la cadre de sa résidence itinérante en Seine-Saint-Denis sont reportés. 

Les concerts de Ryaam et Le Juiice le 27 mars à La Pêche, de Vicky R, Illustre et La Gale le 10 avril à Mains d’Oeuvres et de Tribade le 25 avril au 6b n’auront donc pas lieu.

Merci à chacun·e pour votre compréhension et tout notre soutien aux artistes et aux lieux impactés par ces décisions.

Nous vous tiendrons au courant d’éventuels reports.

D’ici là, restez chez vous et prenez soin de vous et de vos proches !

Pearly : « J’aime envoyer des punchlines et des petites piques »

Rappeuse de 26 ans originaire de Paris 20e, Pearly nous parle son parcours dans le rap, de son univers musical et de son premier EP, à venir très prochainement. 

Depuis quand rappes-tu et qu’est-ce qui t’a donné envie de rapper ?

Je rappe vraiment depuis quatre ans. J’ai écrit mon premier texte en 2015. Ensuite, j’ai rencontré une structure, un espace jeunes dans mon quartier. C’est là que j’ai commencé à enregistrer. Ce qui m’a donné envie de rapper, c’est la musique que je consommais au quotidien. J’écoutais beaucoup de rappeurs et j’avais vraiment la musique dans la peau !

Quel titre conseillerais-tu d’écouter à des gens qui souhaitent découvrir ta musique ?

Polar me représente bien par rapport à mon univers, mon personnage et mon train de vie. Ça mélange trap et afro. Je suis une kickeuse, j’aime envoyer des punchlines et des petites piques, c’est mon délire. L’atmosphère du titre est un peu festif et j’aime bien les sons qui bougent. Je kiffe faire kiffer les gens.

Comment écris-tu tes morceaux ?

Je commence par choisir la prod. Je choisis une instrumental sur YouTube ou des beatmakers m’envoient des prods. Si je sens qu’il y a un feeling, je trouve le refrain et après j’écris tout. Parfois, c’est dans l’autre sens, j’écris quelques lignes avant de trouver une prod, mais c’est plus rare.

Tu as remporté le prix du Jury du concours Rappeuz l’an dernier. Qu’est-ce que ce prix t’a apporté ?

Ça m’a apporté une sorte de visibilité. Ça m’a permis de prendre contact avec des beatmakers et ça a fait connaître ma musique à d’autres gens. C’est un collectif avec lequel je continue d’avancer et j’espère que ça va être un très gros projet.

Tu figures sur la compilation La Souterraine Rap2filles. Comment as-tu rejoint ce projet ?

Benjamin de La Souterraine m’a contactée sur Instagram et m’a dit qu’il appréciait bien mon morceau Polar. Il m’a proposé de le mettre sur son projet. J’ai accepté parce que je trouvais la démarche intéressante et que c’était une bonne opportunité pour gagner en visibilité.

Le rap est souvent perçu comme sexiste et homophobe. Que réponds-tu à ça ?

C’est une réalité. Quand on regarde bien, il n’y a pas beaucoup de femmes dans le rap. C’est plus un milieu de mecs, donc c’est compliqué. Après, je ne ressens pas vraiment l’atmosphère homophobe, je sais qu’il y a des rappeurs gays. Ce sont des stigmates de tous les jours et des préjugés que l’on retrouve comme partout.

Quelles sont les femmes qui t’inspirent ?

Diam’s, c’est la base. Elle m’a inspirée par son écriture, sa manière de dire les choses, son authenticité et sa façon d’être. Après, c’était plus des rappeuses cainris à l’ancienne comme Lauryn Hill et Missy Elliott, de vraies kickeuses. Aujourd’hui, j’aime bien Young MA. Sinon, j’écoute pas mal de rappeuses françaises, qu’elles soient connues ou pas. En tout cas, je n’écoute pas que des rappeurs.

Quels sont tes prochains projets ? 

Aller de l’avant et sortir de plus en plus de sons. Je vais sortir un EP en ligne très bientôt. Il y a une tournée qui arrive ensuite. Après tout ça, l’idée est de sortir un album fin 2020.

Que penses-tu de Madame Rap ?  Des choses à changer/améliorer ?

C’est une bonne idée. Mais je trouve que les artistes sont plus présentées par rapport à leur orientation sexuelle, leurs origines et leur identité et je trouve dommage que ce soit porté sur ça et non sur elles-mêmes ou leur musique. En tout cas, merci de mettre en lumière les artistes indépendants peu connus, les rappeuses et les femmes de toutes sortes.

Retrouvez Pearly sur Facebook, InstagramSoundcloud et YouTube.

Vidéo : retour sur la table ronde à La Maison Populaire

Dans le cadre de sa résidence itinérante en Seine-Saint-Denis, Madame Rap a organisé le 28 février 2020 une table ronde intitulée « Le rap est-il un outil politique ? » à la Maison Populaire à Montreuil ! 

Retour en image sur la table ronde avec :

  • Hechi MC, rappeuse chilienne basée en Ile-de-France ;
  • Karim Hammou, chargé de recherche au CNRS, auteur du livre « Une histoire du rap en France » et spécialiste des rapports de pouvoir dans les industries musicales ;
  • Animée par Éloïse Bouton (Madame Rap).

Concert Vicky R + Illustre + La Gale

Dans le cadre de sa résidence itinérante en Seine-Saint-Denis, Madame Rap vous donne rendez-vous le 10 avril 2020 à Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen pour un concert des rappeuses Vicky R, Illustre et La Gale ! 

Vicky R (France, Lille)

Vicky R est une artiste rappeuse et beatmakeuse née à Libreville au Gabon. Elle arrive en France, à Lille, en 2008 et c’est auprès d’un de ses cousins beatmaker qu’elle se lance dans le rap. Ce dernier l’emmène avec lui en studio et l’initie à la composition et la production. À seulement 17 ans, l’artiste suscite un engouement sur Internet, où elle partage ses premiers titres.

En 2013, elle rencontre Owoninho, un producteur lillois avec qui elle collabore sur plusieurs morceaux. Aujourd’hui, Vicky R vient de participer à la compilation La Relève produite par Deezer et prépare son premier projet solo pour début 2020.

Illustre (France, Clermont-Ferrand)

Issue de la bouillonnante scène rap clermontoise, Illustre commence à écrire à l’âge de 14 ans, d’abord des poèmes, puis des slams avant de découvrir le rap. Avec des shows énergiques et plein d’émotion, la MC se distingue lors des deux dernières éditions des End Of the Weak à la Coopérative de Mai.

Après avoir fait la première partie de Kery James, Casey ou encore Youssoupha, la rappeuse sort son premier EP Les Mains Bleues en avril 2019 et travaille actuellement sur un album.

La Gale (Suisse)

Figure majeure de la scène rap indé francophone depuis 2006, la rappeuse de Lausanne est de retour avec un troisième projet. On y retrouve les thématiques qui lui sont chères, « le contrôle social, ses origines arabes et ce qui en découle, la politique de son pays, les nuits blanches et les tatouages. »

Issue de la scène punk et technicienne du spectacle de formation, l’artiste helvético-libanaise est en lien avec la scène rap du Moyen-Orient depuis 2005. Elle s’est également illustrée dans le téléfilm « De l’Encre » u groupe La Rumeur et anime des ateliers d’écriture pour les jeunes dans les écoles.

→ Billetterie

Concert Ryaam + Le Juiice

Dans le cadre de sa résidence itinérante en Seine-Saint-Denis, Madame Rap vous donne rendez-vous le 27 mars 2020 à La Pêche à Montreuil pour des concerts de Ryaam et Le Juiice et un cypher de rappeuses !

20h30 : Cypher de rappeuses

Animé par la DJ OG Laurastafari avec Kenny Curly, Bry’O, Lylice + Esthr, Pearly + MBK Doe et Turtle White.

21h45 : Concerts
Ryaam

Originaire du 20e arrondissement de Paris, Ryaam commence le rap en 2006. Basée sur son vécu, son écriture allie tant des thèmes introspectifs que politiques. Ses influences musicales s’étendent jusqu’au grime, genre musical peu exploité en France, qui font la particularité de Ryaam.
 
Réédité en 2016, son projet One Mic #2 est le fruit de collaborations avec des artistes rap et reggae, français, espagnols, allemands…
En décembre 2019, Ryaam sort « Marta Vieira Da Silva », 3e épisode de sa série de freestyles mettant à l’honneur l’esprit positif et combattif de femmes qui l’inspirent. L’ensemble des morceaux sera compilé dans un EP de 9 titres intitulé Yaralé, à venir très prochainement.
Le Juiice

Biberonnée aux rappeuses américaines, Le Juiice est une véritable machine à punchlines. Originaire de Côte d’Ivoire et basée à Boissy-Saint-Léger (94), l’auto-proclamée « trap mama » fait ce qu’elle nomme de la « juicy trap », qui mêle « sonorités un peu enfantines » et « mélodies plus sombres. »

Billetterie

Casey : « J’existe. Et c’est sans conditions »

Depuis son dernier album avec Asocial Club il y a six ans, Casey a exploré la littérature féministe avec le spectacle Viril de David Bobée aux côtés de Virgnie Despentes et Béatrice Dalle. Aujourd’hui, la rappeuse est de retour avec Ausgang, projet qui mêle rap et rock mené avec Marc Sens, Manusound et Sonny Troupé. Dans ce long entretien, l’artiste du Blanc-Mesnil nous parle de leur nouvel album Gangrène (disponible le 6 mars) et de son rapport au rock et au féminisme.

Tu as déjà exploré les liens entre rock et rap lors de ta collaboration avec Zone Libre. En quoi le projet Ausgang est-il différent ? 

Même si on retrouve Marc Sens dans les deux projets, ils n’ont pas été faits avec les mêmes personnes, donc ça ne peut être que différent. Et Zone Libre existait déjà, alors que là c’est un projet qu’on a monté tous ensemble.

Pourquoi le nom Ausgang ? 

J’étais en Allemagne et j’ai vu ça. J’aimais bien la typo et le fait qu’il y ait « gang » dedans. Les noms de groupe, parfois c’est con ! Après j’ai su que ça voulait dire « sortie » et je me suis dit que c’était exactement ce qu’il fallait.

De Spécial Homicide, à Anfalsh, Zone Libre, Asocial Club et Ausgang aujourd’hui, tu as toujours travaillé en collectif. Qu’est-ce que ça t’apporte de plus que le travail en solo ? 

Ça existe, ça se tient et ça s’équilibre quand ça se fait à plusieurs. Je ne trouve pas beaucoup d’intérêt au solo. De toute manière, le solo total existe rarement. Il y a toujours des gens qui t’aident à faire ta musique et j’aime les histoires collectives.

Est-ce que tes collaborations découlent d’affinités amicales ou artistiques ?

Un mélange des deux. Quand j’entends le travail de quelqu’un, j’aime penser que la vérité de ce qu’il est se retrouve dans ce qu’il fait. Même si je sais que j’ai tort et qu’on peut très bien être un bon ouvrier et un salaud total.

En France, on a peu connu de groupes qui mêlent rap et rock. Pourquoi d’après-toi ? 

Parce que le rock et le rap sont super clivés en France. Le rap, c’est pour les quartiers, les non-Blancs et le rock maintenant, c’est bourgeois et blanc. J’ai l’impression que c’est l’histoire que la France s’est racontée du rock parce que c’est différent chez les Anglo-Saxons.

Ausgang (Sonny Troupé, Manusound, Casey et Marc Sens) © Tcho Antidote

Selon toi, quels sont les ponts qui existent entre le rap et le rock ? 

Le pont, c’est ce que s’autorisent les gens qui éclatent le clivage. Dans les années 80, des groupes punk comme les Bérurier noir étaient des prolos qui ont utilisé le rock pour parler de leur condition. Mais en France, on a tous connu le rock sur un pendant variété. C’est normal, c’est la génération des baby-boomers qui a porté cette musique. Ceux qui avaient 15 ou 20 ans dans les années 1960. Après, il y a eu d’autres groupes mais j’ai l’impression que le rock a déconnecté de ses originaires populaires en France. Que ce soit chez ceux qui l’écoutent ou chez ceux qui le pratiquent.

Est-ce que tu as écouté les Bérurier noir ou d’autres groupes de punk rock ?

Je les ai écoutés après parce que ce n’est pas de ma génération. En fait, ma culture rock s’est faite par des rencontres. Mes parents sont des Antilles donc à la maison j’écoutais de la musique caribéenne, africaine et un peu afro-américaine. Ma culture à moi allait de la radio FM à ce qui passait à la télé. Même si je n’ai pas une grosse culture, ce qui m’a tout de suite plu dans le rock c’est la frappe, un truc que tu retrouves dans le rap. Ça m’a vraiment montré que c’était la même énergie. Ça braille, ça crie, ça tord les boyaux, c’est ça le rock.

« Le rap, c’est vraiment lui qui prend tout dans la gueule »

Ce qui est un peu différent en France par rapport à d’autres pays anglo-saxons, c’est que ça ne dit pas grand-chose. Le rock s’est embourgeoisé et il a eu raison. Le rap aussi s’est embourgeoisé. Mais on fait beaucoup le procès de l’embourgeoisement au rap et jamais au rock. Le rap, c’est vraiment lui qui prend tout dans la gueule. Il aurait dû rester pieds nus, en claquettes, sans un radis, et là, ça aurait fait le bonheur de la classe dominante. Elle aurait eu l’impression d’écouter la musique des gens qui souffrent. Ceux qui font le procès du rap sont ceux qui écoutent du rock, c’est la même caste. C’est un mépris de classe et de race en fait.

C’est ce que tu racontes dans le titre Chuck Berry, que le rock est une histoire de réappropriation culturelle…

Exactement. Le rock prend ses racines dans l’histoire afro-américaine et dans le blues. Il ne s’agit pas de dire que le rock est exclusivement noir puisqu’il s’est aussi nourri de la country. Mais en France, quand tu es noir et que tu fais du rock, tu as l’impression que tu n’es pas à ta place.

Il y a très peu de Noir·e·s dans le rock en France…

Déjà, il y en a peu. Et puis peu de Noir·e·s écoutent du rock. Cette réappropriation culturelle s’est faite de telle manière que les gens ne savent même pas que le rock a des racines noires. Alors qu’aux États-Unis, il y a le festival Afropunk à Brooklyn, au Botswana, il y a le Overthrust Winter Metal Festival. Mais en France, on s’est écrit une histoire arrangeante. C’est-à-dire que le rap serait fait majoritairement par des non-Blancs issus des quartiers et le rock serait bourgeois et blanc.

On interroge tout le temps le rock sur sa musicalité. On parle aux artistes des groupes qui les ont influencés, de leur musique, leur style…  Mais pas un mot sur ce qu’ils ont à dire.

« La subversion, c’est la pensée, pas l’attitude »

Alors qu’avec le rap, c’est plutôt l’inverse. On enjoint les artistes à avoir des textes « engagés » et on ne leur parle jamais de leur musique… 

Oui, on fait toujours au rap un procès sur le texte et la bêtise du texte. C’est comme s’il y avait une absence totale d’opinion dans le rock et qu’il en était dispensé. Pourtant, je pense que les gens qui font du rock et qui vivent en France appartiennent au tissu social et qu’ils ont peut-être quelque chose à dire. Mais ce n’est pas une question. En revanche, on va leur demander en quoi ils sont cordés, quelle est la marque de leur guitare…

Pourtant, dans leur posture, on retrouve tous les stigmates de la subversion et de la rébellion. Alors que la subversion, c’est  la pensée, pas l’attitude. Sid Vicious, c’était les années 70-80. Il était fortement drogué et il a tué sa meuf ! En tout cas, il est allé au bout du truc punk, à savoir l’autodestruction. À la limite, j’ai plus de respect pour la musique punk parce qu’elle prônait l’autodestruction et qu’elle s’est autodétruite. Le rock, c’est ceux qui prennent des postures de punk mais qui vont chercher leur chèque.

Penses-tu que cette manière de traiter le rap découle du passé colonial de la France ?

La France est un putain d’empire colonial. Elle traite tout sous le prisme de son imaginaire colonial : avec les rappeurs, le texte fait toujours défaut, il est toujours bête ou simpliste. Tout ce qui est de l’ordre de la culture des dominants est la culture la plus validée. Pour avoir grâce à leurs yeux, le rap doit être validé par eux. Les choses n’existent que quand une certaine classe sociale et politique pose les yeux dessus. Là, ça a de la valeur.

« La France traite tout sous le prisme de son imaginaire colonial »

Ce qui est intéressant, c’est qu’aujourd’hui en France le rap a quarante ans et en quarante ans, tout le monde a compris que ce n’était pas très important d’être validé par la classe dominante.

Le rock s’est complètement fondu et moulé là-dedans. Pourtant, la subversion dans le rock serait très simple. Au lieu de faire des doigts d’honneur, ce serait juste d’essayer d’écrire un texte sur un truc qui se passe. C’est pas grand-chose !

Est-ce que le rap est le nouveau rock, en termes de messages et en termes de ventes ? 

Oui et ça fait longtemps ! Dans le rock, il ne se passe plus rien. Il ne se passe tellement rien qu’ils chantent en anglais. Ils préfèrent faire du yaourt. Pour moi, chanter en anglais, c’est être loin de ta langue maternelle et faire de la mâchouille. Ça veut dire que tu as effacé la parole. Et si tu as effacé la parole, ça veut dire que tu as effacé la pensée. Ça revient à une certaine forme de privilège d’être dispensé de penser. Tu en es dispensé parce que tu sais dans le fond que tu n’es pas concerné.

On a tendance à toujours demander au rap d’avoir un message. Est-ce que tu dirais que le rap représente un outil politique ? 

C’est bien lourd comme responsabilité. Le rap a droit à son embourgeoisement et je lui souhaite fortement parce que ça a créé du boulot. Mais le versant le plus politique du rap n’est pas sa musique, mais les gens qui le font. Parce que n’importe quel rappeur, le plus populaire, qui se pense et se veut protéger par son succès ou son argent, peut se retrouver en prison comme tout le monde. Comme quoi, il ne s’agit pas de sa position sociale, mais il s’agit vraiment de race.

Bien que le rap soit la musique qui vend le plus, il reste méprisé. Comment ce paradoxe est-il possible ?  

C’est un mépris de classe et un mépris de race. La France se raconte une histoire sur son niveau en littérature et dans les arts. Elle s’enkyste vraiment dans la naphtaline, le marbre, le stupre, les dorures. Tout ce qui contemporain est compliqué en France. On dirait qu’il faut toujours que ça passe l’épreuve de l’âge pour que ce soit important. Si ça n’a pas 150 ans, si c’est pas mort et enterré et qu’on n’en a pas fait une statue sur la place de la Concorde, alors c’est pas intéressant.

« Le rap est ce qui est arrivé de plus intéressant ces 40 dernières années »

Heureusement, avec le net et des chemins de traverse, il est possible aujourd’hui d’esquiver ce genre de validation. La France est tout le temps en train de se raconter une histoire, c’est bien pour ça qu’elle a du mal à faire cohabiter le contemporain avec l’ancien. Le rap, c’est ce qui est arrivé de plus intéressant ces quarante dernières années en France. Il n’y a pas eu plus novateur. Ça a permis de faire émerger d’autres voix, d’autres modes de pensées, d’autres positionnements. Mais c’est difficile de le reconnaître parce que ça signifie qu’il faut lâcher des privilèges.

Comme le rock, est-ce que le rap ne court pas le même risque de récupération et réappropriation culturelle par les dominants ? 

C’est déjà le cas, mais ta gueule reste ta gueule. On va faire de l’argent avec toi, mais socialement, tu es toujours aussi vulnérable. La prison, c’est pour toi. Alors que normalement, à un certain degré de richesse, tu ne vas pas en prison. Ça a été démontré avec des politiciens et des entrepreneurs. Il y a des rappeurs qui sont sans doute aussi riches que certains corrompus en politique et qui vont en prison. La démonstration est faite que le rêve libéral n’est pas pour tout le monde.

Il n’y a rien de victimaire là-dedans. Il y a des joueurs de foot et des rappeurs qui vont en prison, ils sont non-Blancs et issus de quartiers et il y a des corrompus de toutes sortes qui ne vont jamais en prison. À part Patrick Balkany ! Mais même lui, je pense qu’il y est allé parce qu’il fait partie de la classe basse de cette caste.

« C’est réducteur de dire que je suis une meuf. Je suis plus un truc hybride »

Depuis plus de vingt ans, tu t’exprimes sur les violences sociales et les rapports d’oppression. Pour la première fois, tu soulèves la question des femmes avec le clip de Chuck Berry, où on ne voit que des femmes noires à l’image. Pourquoi avoir mis autant de temps à traiter ce sujet ? 

Oui, j’ai voulu qu’il y ait des femmes noires dans le clip. Mais sur le sujet en lui-même, c’est compliqué de répondre parce que pour moi, c’est réducteur si tu me dis que je suis une meuf. Je ne peux pas te dire « oui je suis une meuf », ce n’est pas totalement vrai. Je suis plus un truc hybride. Mon placement social et mes chromosomes me classent de fait dans cette catégorie et il n’y a pas de souci, mais on sait très bien que le genre est aussi une position psychique.

Même si le féminisme n’est pas mon militantisme, ce qui m’intéresse, c’est comment les rapports d’oppression s’installent et les privilèges se perpétuent. Les rapports d’oppression sont les mêmes pour les femmes que pour d’autres franges de la population. Il y a des gens qui cumulent : si tu es une femme, noire, pauvre, trans, là tu cumules. Et qu’est-ce qu’une femme noire, pauvre, trans, musulmane, handicapée a à dire à la société ? Je pense que dès qu’elle ouvre la bouche, c’est elle qui a tout dit.

En tant qu’ « hybride »,  à quels pronoms t’identifies-tu ? Te reconnais-tu dans l’appellation « rappeuse » ? 

Oui, pas de problème. Quand on me dit « elle » parfois je me dit « c’est moi » et parfois je me dit « de qui on parle ? » ! Pour moi, ça ne situe pas là. C’est comment tu te positionnes toi qui est important. Il n’y a pas que ton sexe biologique qui préside à ta personnalité. Chacun choisit comment il se détermine, mais moi je ne suis pas en lutte avec des pronoms.

Casey © Tcho Antidote

Tu dis que le féminisme n’est pas ton terrain… 

J’ai plus raconté les rapports d’oppression à travers la race et le fait d’être noire, parce que c’est plus identifiable pour moi. Vu que je me considère comme un hybride, ni vraiment comme une femme, ni vraiment comme un homme, mais comme un truc pas défini et pas à définir, je ne me suis jamais dit que j’avais quelque chose à en dire.

Le militantisme, c’est pouvoir mettre sur le devant de la scène une partie de soi-même et en faire un sujet politique. Ce que je suis moi appartient tellement à mon intimité que je n’ai jamais rien eu à en dire publiquement. Par contre, parler de l’expérience d’être noire dans un monde blanc est un truc que j’ai fait assez naturellement.

Quand je dis que le féminisme n’est pas mon militantisme, c’est qu’il y a des gens qui en parlent plus facilement que moi parce qu’ils en font un sujet politique. Ce qui m’intéresse c’est comment tu survis, tu avances, tu te gères, tu interagis en étant dominé, même si c’est pas le cas tout le temps. Et toi, qu’est-ce que tu retires de tout ça comme matière à penser ? Est-ce qu’après tu domines toi-même ? C’est ça qui m’intéresse et ça m’ouvre sur tout.

« La planète est femme et pourtant les femmes sont minoritaires socialement »

Être noire et venir des Antilles, c’est-à-dire de descendants d’esclaves français, ça te place tout de suite dans ce que sont le capitalisme et l’exploitation de l’être humain. Ça t’oblige à le penser puisque tu es le produit de ça. Même si tu n’es pas femme, ça te fait te demander ce que signifie être la minorité. C’est ce qui est particulier dans le cas des femmes parce qu’elles représentent 51 % de la population. La planète est femme et pourtant les femmes sont minoritaires socialement.

Est-ce qu’il y a quand même certains courants inclusifs ou figures féministes – intersectionnelles notamment – auxquels tu peux t’identifier ? 

Très honnêtement, je découvre tout ça ces dernières années. J’ai lu des choses, j’ai rencontré des gens. Par exemple, j’ai rencontré Virginie Despentes, avec qui je joue dans le spectacle Viril de David Bobée, et qui écrit là-dessus. J’ai découvert des textes magnifiques de poètes qui te mettent une tarte.

Ce sont des questions qu’on m’a souvent posées et je n’avais rien à en dire. Ce n’est pas que je n’ai pas réfléchi, mais j’ai toujours mené ma vie comme si ce n’était pas une question. Après, je vois bien ce que je renvoie et je vois bien ce que je suis, mais les choses, soit tu les parles, soit tu les agis. Peut-être que je les ai plus agies que parlées.

Pourquoi n’as-tu jamais « parlé » le féminisme ?   

Parce que pendant très longtemps, là où j’ai grandi dans mon quartier, j’étais seule à être moi-même. Le militantisme se fait en collectif. Tu rencontres des gens et ils créent une pensée autour d’un sujet. Moi, j’ai toujours été l’anomalie du coin. Si j’ai réfléchi à ces questions-là, j’y ai réfléchi seule.

« Quand j’ai découvert le mot « intersectionnalité », je me suis dit, tiens, ça a l’air d’être moi ! »

C’est vraiment sur le tard que j’ai découvert que des gens avaient écrit et s’étaient positionnés sur l’intersectionnalité par exemple. Quand j’ai découvert ce mot, je me suis dit « tiens, ça a l’air d’être moi l’intersectionnalité ! ». Un carrefour avec six voies qui s’entrecroisent et tu es au milieu. C’est bizarre, c’est comme si ça s’était fait sans que j’y réfléchisse.

En tant que rappeuse, te poser la question de ta place de femme te semble t-elle légitime malgré tout ?

On est toujours venu me souler avec le rap féminin et j’ai jamais trop compris parce que je m’en fous. Je comprends la question, mais c’est un classement qui ne me parle pas. Il y aurait le rap et le rap féminin. Déjà, tu vois la condescendance du truc. Ce serait une catégorie particulière. Alors que tu sais que tu mets des gifles à des gens. Mais je n’ai jamais été dans la position de vouloir réclamer la légitimité, je l’ai. Je ne vais demander la permission de rien à personne.

C’est quand des gens sont venus me demander de me positionner ou pourquoi je ne me positionnais pas sur certains sujets que je me suis dit « c’est marrant ce que les gens peuvent attendre de toi. »

Honnêtement,  il y a des endroits de la société où il y tellement peu de personnes publiques qui prennent position en France qu’on pense parfois « s’il vous plaît, allez-y ! »

Je sais ! Et je comprends l’attente et la soif de nommer des choses. Mais en même temps, je trouve qu’il y a plein de gens qui le font. Il y a nommer, parler ou agir. La parole est un acte. Moi j’ai agi en parlant. J’existe. Et c’est sans conditions.

Je pense que c’est ce qui a fait que j’ai croisé des gens qui avaient des attentes. Parfois, je me suis même fait gronder ! C’est touchant parce que ça veut dire que les gens sentent une vraie proximité et se disent que tu peux porter une parole. Mais comme je te disais, pour moi c’est très intime et personnel. Quand tu fais de la musique, tout n’est pas publique. Tu choisis ce qui l’est et je suis quelqu’un de plutôt pudique.

Donc tu es féministe ? : )

Le féminisme, ce serait vouloir l’égalité entre les hommes et les femmes. Ça me semble tellement évident que je n’en ai rien à en dire !

« Le féminisme n’est plus le problème des meufs, mais le problème des gars »

Je comprends les attentes du féminisme, mais pour moi, ce n’est plus le problème des meufs, c’est le problème des gars. C’est comme le racisme, ce n’est plus le problème des non-Blancs. Les Noirs ont tout dit, il n’y a rien à dire de plus ! Le féminisme c’est pareil. Les femmes ont tout dit de leur domination, elles le rediront et ce sera beau, ce sera magnifique comme les Noirs ont créé le blues, le gospel, le jazz et ont dit de toutes les manières ce qu’ils avait à dire. C’est beau à entendre, c’est une parole qui te pousse et te porte, mais ce n’est plus le problème de la minorité.

Ça fait longtemps que la minorité n’a plus à éduquer les dominants. Il faudrait leur expliquer qu’il est dans leur intérêt de se départir de leurs privilèges pour recréer un équilibre à peu près sain, dans un monde qui est empoisonné par ces rapports de domination. Mais qu’est-ce qu’ont les hommes à dire du féminisme ? Qu’est-ce qu’ils vont lâcher ? Quel est l’homme du futur ? Comment les femmes et les hommes vont élever l’homme du futur ? Et on commence à en croiser des hommes du futur, ceux qui ont déposé leurs privilèges sans se sentir castrés, dépossédés, impuissants psychiquement et sexuellement, qui ont su mettre leur libido ailleurs que dans la domination de la meuf. C’est ça qui va changer la donne. Comme pour le racisme, ce qui change la donne c’est le Blanc du futur, celui qui a lâché ses privilèges.

Je sais qu’il y a des femmes qui me voudraient féministe, mais en vérité, je vais décevoir tout le monde, je ne suis pas féministe ! Je ne suis pas féministe au sens de l’acte militant du féminisme. C’est-à-dire le parler publiquement et constamment, ça, ce n’est pas moi. Par contre, l’égalité hommes-femmes, oui, évidemment !

Tu es née en Seine-Maritime de parents martiniquais et as commencé à rapper dans le 93. Quels liens entretiens-tu aujourd’hui avec les villes de Rouen, du Blanc-Mesnil et de Fort-de France ?

Rouen, c’est le lieu de naissance donc ça reste mystérieux. C’est l’endroit où j’ai respiré ma première lampée d’oxygène, où j’ai grandi et expérimenté des choses, c’est l’endroit de l’enfance. J’y retourne peu mais ça me fait toujours quelque chose.

« Je me sens plus du 93 que de la France »

Blanc-Mesnil, c’est le 93. Moi, je me sens plus du 93 que de Paname ou de la France. C’est comme si le 93 était un peu ma nation. Partout hors de Paris, les gens détestent les Parisiens. Ils ne comprennent pas que nous aussi, les gens du 93, on les considère comme Parisiens « Paris intra-muros » qui s’y croient avec du jus de quinoa, on peut pas les voir nous non plus ! En banlieue, ce parisianisme, cette élite culturelle et cet entre-soi sont insupportables pour tout le monde.

Blanc-Mesnil, c’est aussi là qu’Anfalsh s’est créé. C’est là que j’ai pris le mic. Ce sont des moments forts. C’est un département que je trouve puissant. C’est trop le futur pour moi. C’est un vivier, qui, sans avoir rien dit et rien politisé a créé un truc qui existe rarement ailleurs. Juste avec les gens et les forces en présence qui interagissent bon gré mal gré. Qu’on le veuille ou non, tout le monde est en contact et il se passe quelque chose. Tu apprends quelque chose de l’un ou de l’autre et c’est réel. Ça crée une fusion particulière.

Je vois le 93 en train de changer avec le Grand Paris, la gentrification et la course à l’immobilier. On laisse pourrir des pans entiers de quartiers pour pouvoir les racheter à bas prix. C’est marrant de se dire que l’endroit qui a été le plus cauchemardesque de France est le plus prisé actuellement ! Les nouveaux Parisiens qui débarquent pour se payer des lofts dans le 93 arrivent avec toute l’impunité de ce qu’ils sont, c’est-à-dire en ayant des revendications pour eux-mêmes, comme si avant eux rien ne précédait, ou qu’il n’y avait pas de problèmes à régler. Ils font des scandales à la crèche, à l’école, c’est n’importe quoi. Comme si le 93 n’était plus le 93 juste parce qu’ils viennent y habiter. Avant, il y avait mixité et rencontre mais aujourd’hui il n’y a plus rencontre parce que c’est ce qu’ils veulent effacer et ce qu’ils ont craint toute leur vie. Ce département est l’un des plus pauvres de France, avec le plus grand nombre de violences policières, mais ça, ils n’ont rien à en dire.

« Les Antilles, c’est l’histoire de l’esclavage. Et même si on ne me l’a pas racontée, elle est partout, tout le temps »

Fort-de-France, j’y ai de la famille et j’y retrouve au moins une fois par an. Les Antilles, c’est fort, c’est l’Histoire. L’histoire de l’esclavage. Et même si on ne me l’a pas racontée, elle est partout, tout le temps, dans l’air, dans certaines expressions en créole, sur la gueule des gens, dans la nourriture.

Ces dernières années, avec le scandale du chlordécone, c’est vraiment en train de se tendre. C’est le scandale sanitaire du siècle, au-delà du sang contaminé. On se rend compte que pour des impératifs économiques, on a quasi empoisonné toute une population. Apparemment, c’est aux Antilles qu’il y aurait le plus de cancers de la prostate au pro rata mondial. Du coup, ça a créé une sorte d’électrochoc et pointé la responsabilité des Békés puisque ce sont eux qui tiennent les champs de canne et les champs de bananes. L’ironie est que ça les a peut-être empoisonnés eux aussi.

Tout ça a aussi initié un réveil chez les gens. Je trouve que les jeunes se positionnent d’autant plus ces dernières années. Avec une résurgence du drapeau indépendantiste, une prise de parole publique sur l’esclavage aux Antilles et à partir des Antilles, ce qui n’est pas toujours évident.

Gangrène de Ausgang © Tcho Antidote

Quels sont tes projets à venir avec Ausgang et en solo ?

On est en tournée avec Ausgang. En parallèle, j’ai repris mon disque, que j’avais interrompu pendant un moment. Après la tournée, je vais sortir mon album.

Que penses-tu de Madame Rap ? Des choses à changer/améliorer ?

J’en pense plutôt du bien. Quoi changer ? Je ne sais pas. À chaque fois que je suis allée sur votre site, j’ai trouvé ça cool. Continuez votre bonhomme de chemin. C’est important qu’il y ait des espaces comme ça. Même si je ne me suis jamais dit qu’il fallait un média qui parle de rap pour les meufs, je sais que c’est un endroit qui est nécessaire. Il faut des espaces protégés où la parole peut s’exprimer librement.

« J’ai compris que c’était la grande carotte de crier à l’égalité, et donc, quelque part, à l’effacement »

Tu m’aurais dit ça il y a vingt ans, j’aurais trouvé que c’était un scandale ! Je n’avais pas compris à quel point cette égalité de façade n’existe pas parce qu’elle est toujours au profit du masculin par défaut. Je suis un peu moins tebé maintenant ! J’ai bien compris que c’était la grande carotte de crier à l’égalité, et donc, quelque part, à l’effacement. En gros, « ne faites pas, ne nommez pas les choses ». On fait la même chose avec la question de race. Mais par défaut si tu ne nommes pas les non-Blancs, en France, tout est blanc, et si tu ne nommes pas les femmes, tout est masculin. Donc faites et continuez, c’est très bien !

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Concert Tribade

Dans le cadre de sa résidence itinérante en Seine-Saint-Denis, Madame Rap organise un événement dédié aux rappeuses queer et lesbiennes samedi 25 avril 2020 au 6b à Saint-Denis !

19h : Table ronde : Le rap lesbien existe t’il ?

Mais où sont donc les lesbiennes dans le rap ? Largement absentes de la scène française, elles restent néanmoins plus visibles aux États-Unis et dans d’autres pays, où une scène queer a émergé depuis le début des années 2010. Loin d’être mystérieuse, cette invisibilisation systémique s’explique notamment par le traitement global réservé aux minorités (femmes, personnes racisées, trans, en situation de handicap, précaires…) dans la musique populaire et l’ensemble de la société.

Pourtant, et paradoxalement, la dimension émancipatoire du rap offre aux artistes lesbiennes un espace de liberté qu’aucune autre musique ne permet. Alors peut-on dire qu’il existe un rap lesbien ? Qui sont les artistes qui le composent ? N’est-il pas également problématique de labelliser des artistes  ? Comment mettre en lumière les rappeuses lesbiennes sans pour autant les réduire à leur orientation sexuelle et leur identité de genre ?

Avec :

  • Waka, rappeuse et beatmakeuse, co-fondatrice de l’association Baham Arts qui met en lumière les femmes, les personnes queer, trans et racisées oubliées ou effacées des scènes artistiques.
  • Sarah Jean-Jacques, doctorante en sociologie, spécialiste des questions de genre et de sexualité et co-fondatrice de Paye Ta Gouine.
  • Modération :  Éloïse Bouton (Madame Rap).
20h30 : Open-mic de rappeuses

Animé par la DJ Kelyboy.

Vous êtes une rappeuse (cis, trans ou non-binaire) et souhaitez participer ? Inscrivez-vous ici.

22h : Concert de Tribade

Elles s’appellent Bittah et Masiva Lulla. Avec le DJ Big Mark, elles forment le groupe de rap barcelonais Tribade qui a vu le jour en 2017. Sur des prods bien énervées, le duo féministe queer dénonce le patriarcat, le racisme, le capitalisme et les oppressions qu’ils perpétuent.

Billetterie

Vidéo : retour sur les ateliers de beatmaking pour enfants à Saint-Ouen

Dans le cadre de sa résidence itinérante en Seine-Saint-Denis, Madame Rap a organisé du 10 au 14 février 2020 des ateliers de beatmaking/DJing pour les enfants à Saint-Ouen !

Retour en image sur ces ateliers animés par Kelyboy en partenariat avec Mains d’Oeuvres et la MOMO.

Réalisation : Cassandre Ostier et Thomas Appolaire / Quinze Mètre Carré

Veemie : « En tant que femme noire, j’ai énormément manqué de modèles »

Originaire de Clichy-La-Garenne (92) et basée à Marseille, Veemie nous parle de son identité musicale – un hommage au rap américain et une déclaration d’amour à la langue française – et de la place centrale de Lil’ Kim dans son parcours et son inspiration. 

D’où vient le nom Veemie ?

Je m’appelle Aimée et si tu mets le « A » à l’envers, ça fait un « V ». Veemie est l’anagramme de mon prénom.

Quand et comment as-tu découvert la culture hip hop ?

Grâce à mes grands cousins chez qui je séjournais de temps en temps. Ils étaient plus branchés rap américain donc j’écoutais beaucoup 2Pac et Biggie. C’est aussi grâce à mon grand frère, un ancien rappeur, qui m’a introduite au rap français alors que ça ne m’intéressait pas particulièrement à l’époque.

Depuis quand rappes-tu ?

Je rappe depuis l’âge de 15 ans. Je suis rentrée en studio pour la première fois en 2012, au début pour rigoler et ensuite pour enregistrer les textes que j’écrivais.

Quel·le·s sont les artistes qui t’ont donné envie de rapper ?

J’ai eu un déclic un jour où j’étais chez moi dans ma chambre et j’ai entendu Whoa de Lil’ Kim sur Skyrock. Le morceau m’a mis une claque parce que je me suis reconnue tout de suite. Ça a eu un impact immédiat sur moi et dès le lendemain, j’ai cherché à en savoir plus sur cette artiste. C’était comme un OVNI pour moi parce que je n’aurais jamais pensé qu’une femme pouvait rapper et poser comme ça. Je suis devenue fan et à partir de ce jour-là, je me suis plongée dans le rap « au féminin », parce que je cherchais une figure à laquelle m’identifier que je ne trouvais pas dans le rap « masculin ».

« Je me suis dit « il y a un canal, je peux m’exprimer. » »

Quand j’entendais des rappeuses raconter leur vécu, leurs peines, leur force de caractère, je me disais « c’est moi ! ». J’ai alors cherché à savoir s’il existait des rappeuses similaires en France et j’ai découvert Roll-K, qui s’inspirait de Lil’ Kim et qétait très mal perçue, mais aussi Lady Laistee. C’était plus conscient que le rap US mais j’ai découvert que ça existait aussi en France et j’étais super étonnée et soulagée en même temps. Je me suis dit « il y a un canal, je peux m’exprimer. »

Comment composes-tu tes morceaux ? Avec qui travailles-tu et as-tu des thèmes de prédilection ou des rituels d’écriture particuliers ?

Je compose mes morceaux toute seule. J’ai travaillé avec des gens à une époque mais aujourd’hui je fais tout toute seule. Quand je me retrouve dans une situation, que je vois un film ou que je lis un livre, je prends mon téléphone et j’écris une sorte de conclusion de ce qui m’a plu et déplu. Je fais ça tout le temps. En allant acheter du pain, si je vois quelque chose, ça va m’inspirer une phrase. Tout ce que je vis et ressens au quotidien agrémente mon écriture.

Dernièrement, c’est une série sur Netflix qui m’a inspiré 4 ou 5 phrases. Je m’en sers pour écrire des morceaux ou des freestyles mais de manière générale, c’est plus la prod qui m’inspire. Quand j’ai un coup de cœur pour une prod, généralement l’inspiration est instantanée et les paroles me viennent direct. Je peux aussi me servir de cette réserve de phrases sur mon téléphone pour rendre le morceau cohérent, avec une ligne directrice claire et en faire quelque chose qui me ressemble.

J’aime aussi faire du yaourt parce que j’écoute beaucoup de rap US – et de rappeuses US –. Quand je fais un morceau, je vais chercher des flows en faisant du yaourt. Un peu comme ce que font les top liners aujourd’hui, c’est à la mode, mais c’est quelque chose que je fais depuis très longtemps.

« Ma musique est un hommage aux sonorités du rap américain, mais aussi une déclaration d’amour à la langue française. »

Comment définirais-tu ta musique pour des gens qui ne la connaissent pas ?

Je dirais que c’est une forme d’hommage aux sonorités du rap américain, mais aussi une déclaration d’amour à la langue française. Avant l’émergence de la trap, je posais sur de la dirty south mais je n’avais pas le niveau que je voulais avoir sur ce type de prods. J’adore manier les mots. Je tenais absolument à délivrer un message clair, compréhensible et plein de malice, truffé de jeux de mots et de figures de style sur les sonorités américaines que j’aimais. Je pense que mon identité musicale est là.

 Tu parlais de sortir un EP de 6 titres, est-ce que c’est toujours d’actualité ? Quels sont tes autres projets ?

À l’époque, j’étais entourée d’une équipe avec qui je ne travaille plus aujourd’hui donc la sortie est caduque. Pour le moment, je me consacre à faire des morceaux de qualité, à sortir des freestyles pour alimenter ma page et des visuels qui me ressemblent.

Je ne me sens pas encore prête pour une EP. Je fonctionne beaucoup au feeling et à l’émotion, donc ce ne sera pas maintenant mais dans un futur proche.

Est-ce que tu vis du rap ?

Non, malheureusement, mais j’aimerais beaucoup. Ce serait le rêve ultime de vivre de ma passion.

« J’ai trouvé un écho dans ces femmes-là qui n’avaient pas peur d’être elles-mêmes et d’être dans la provocation de manière assumée. »

Quelles sont les femmes qui t’inspirent ?

La première personne qui m’inspire est ma mère parce qu’elle a un vécu tellement hors normes que ça force l’admiration. Elle m’inspire beaucoup dans mon écriture parce que parfois je vais me placer de son point de vue pour jauger une situation. C’est une femme de lettres, elle était institutrice et je me reconnais en elle directement surtout quand elle me raconte qu’elle avait un recueil de poèmes plus jeune.

Ensuite, Lil’ Kim et Nicki Minaj ont été des facteurs d’inspiration. En tant que femme noire, je manquais énormément de modèles dans la musique et le divertissement. J’ai trouvé un écho dans ces femmes-là qui n’avaient pas peur d’être elles-mêmes et d’être dans la provocation de manière assumée. Ça me choquait à l’époque mais aujourd’hui je considère que c’est une affirmation réelle de soi. Aujourd’hui, si je suis sûre de moi et de ma musique, c’est grâce à elles. Même si la scène actuelle de rappeuses américaines est très diversifiée, Lil’ Kim et Nicki Minaj en ont été les principaux piliers.

Les autres femmes qui m’inspirent sont des femmes de couleur, parce qu’en tant que femme noire, je suis attirée par ce qui me ressemble. Ça peut sembler un peu trivial, mais c’est humain. Donc Michelle Obama ou Rosa Parks, des figures historiques qui illustrent la lutte pour les droits des Afro-Américains ou les droits des femmes.

« S’il y avait un accès égal à l’éducation, il n’y aurait pas d’inégalités. »

Te définis-tu comme féministe ? 

Oui, je me considère comme féministe. Ma propre définition du féminisme est l’égalité entre les femmes et l’hommes, c’est la définition classique. Mais j’apporterai une nuance. S’il y avait un accès égal à l’éducation pour tous, quel que soit le genre, je pense qu’il n’y aurait pas d’inégalités. L’éducation est la clé. Nous avons tous des capacités intellectuelles, nous sommes des êtres humains perfectibles, et nous pouvons tous développer des capacités.

Que penses-tu de Madame Rap ?  Des choses à changer/améliorer ?

Je trouve que c’est une excellente initiative de mettre en lumière des femmes qui rappent. On parle beaucoup des chanteuses mais les rappeuses passent à la trappe. Il y a une demande et Madame Rap répond à cette demande. Ne changez rien, le temps va confirmer ou affirmer certaines choses, et vous prendrez de l’expérience et surtout de la visibilité. Merci encore pour cette interview et je vous souhaite d’excellentes choses pour la suite !

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© Gabriel Ciscardi

Playlist Madame Rap – Février 2020

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Avec :

  • Lexie T (France, Lille)
  • Le Juiice (France, Boissy-Saint-Léger)
  • OMB Bloodbath (États-Unis, Houston)
  • Skyna (France, Grasse)
  • Jucee Froot & Rico Nasty (États-Unis, Memphis/Washington D.C.)
  • Rosa Ree (Tanzanie)
  • La Gale (Suisse)
  • Lor Choc HD (États-Unis, Baltimore)
  • Wanda Naceri (France, Bagnolet)
  • Chella H (États-Unis, Chicago)
  • Zebra Katz (États-Unis, New York)
  • Fanny Polly (France, Paris /Mouans-Sartoux)
  • Zeuzloo (France, Lille)
  • Meryl (France, Martinique)
  • Billie Brelok (France, Nanterre)
  • Ausgang (France, Le Blanc-Mesnil)
  • Kelyboy (France, Paris)
  • Kelow Latesha (États-Unis, Maryland)
  • Snow Tha Product (États-Unis, Californie)
  • Oma Done (France, Marseille)
  • Pearly (France, Paris)
  • KT Gorique (Suisse)
  • Vicky R (France, Lille)
  • Reverie (États-Unis, Los Angeles)
  • Danielle Swagger (Bostwana)
  • Audry Funk (Mexique)
  • Chanmina (Japon)
  • She Real (États-Unis, New York)