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COMA-CHI : « J’ai fondé mon propre label pour continuer de m’exprimer »

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Rappeuse et chanteuse originaire de Tokyo, COMA-CHI est devenue en 2005 la première femme finaliste de l’un des plus gros battles de rap au Japon. L’artiste nous parle de son label Queen’s Room, de la place de la spiritualité dans sa musique et de sa collaboration avec le producteur américain MeccaGodZilla.

Tu as découvert le hip hop à l’âge de 15 ans. Est-ce que tu te souviens de ce que tu as ressenti à l’époque ?

À l’époque, ça avait quelque chose de fascinant et d’excitant. Quand j’avais 15 ans, le hip hop était encore très underground au Japon, et c’était une culture qui me semblait mystérieuse. Elle me faisait ressentir de la curiosité et de la fraîcheur. Des sentiments classiques quand on est ado…

Comment et quand as-tu commencé à rapper ?

À la base, j’étais chanteuse de R&B et j’ai chanté à une soirée hip hop au lycée. Quand je faisais de la musique avec des amis de mon âge, j’étais entourée de garçons qui rappaient, et j’ai eu envie d’essayer aussi. J’ai alors écrit des textes et j’ai commencé à participer à des freestyles, des cyphers et des open mics. J’avais environ 19 ans.

Quand as-tu créé le personnage de COMA-CHI et comment le définirais-tu ?

Au départ, j’avais gardé mon vrai nom mais quand j’ai eu 21 ans, j’ai décidé d’utiliser un alter ego pour mes activités plus publiques et professionnelles. « Comachi » vient du nom d’une célèbre poétesse japonaise (Ono no Komachi, ndlr) et signifie « jolie fille ». Ce mot avait le même sens que « Madonna » dans le temps. J’ai choisi ce nom avec cette signification parce que je voulais représenter activement le Japon sur la scène mondiale.

En 2005, tu es devenue la première femme finaliste du B-boy Park, l’un des plus gros battles de rap au Japon. Que t’a appris cette compétition et en quoi cette expérience t’a-t-elle aidé à développer ton projet ?

Les battles sont populaires au Japon, et j’ai participé pour suivre un grand nombre de mes amis rappeurs.

Mais la règle – le fait de devoir insulter un autre MC – était difficile pour moi et je n’aimais pas beaucoup ça. Des rappeurs m’ont attaquée avec des termes très vulgaires, mais j’ai retourné la situation avec des mots plein d’esprit. La foule s’est emballée et j’ai terminé finaliste. Mais j’avais l’impression que c’était une culture pour les hommes, qui n’était pas amusante pour les femmes. En tout cas, pas pour moi.

Cependant, vu qu’il n’y avait jamais eu d’autre rappeuse qui était arrivée à ce stade de la compétition auparavant, mon nom a commencé à circuler dans tout le Japon. J’ai gagné en popularité et j’ai pu m’en servir dans ma carrière de ma rappeuse. 

En 2011, tu as fondé le label de musique Queen’s Room. Pourquoi as-tu ressenti le besoin de créer ta propre structure ?

Avant de fonder mon propre label, j’étais signée en major et j’ai sorti plusieurs disques. C’était une expérience très enrichissante, mais c’était très désagréable et anormal pour moi de faire partie d’une grosse entreprise et de faire de la musique. Parce que ma motivation pour faire de la musique était purement d’exprimer mes pensées et de faire des bon son, mais la priorité du label était de vendre mon travail comme un produit. Pour ces raisons, j’ai perdu mon pouvoir créatif. C’était la mort pour moi. Alors, pour vivre et continuer de m’exprimer, j’ai choisi de fonder mon propre label.

Ton dernier EP Spiritual Bitch a été réalisé avec le producteur de Brooklyn MeccaGodZilla. Comment vous êtes-vous rencontrés et avez-vous décidé de travailler ensemble ?

Mecca a vécu au Japon il y a environ 10 ans, à l’époque où il a découvert ma musique. Il est devenu fan et avait envie de collaborer avec moi depuis longtemps. Il s’est demandé s’il pourrait travailler avec quelqu’un d’un autre pays pendant la pandémie de Covid-19 et m’a fait une proposition. Il m’a contacté par le biais d’un ami commun. J’ai accepté de travailler avec lui à cause de son enthousiasme et de notre intérêt commun pour la spiritualité.

Quelle place occupe la spiritualité dans ta musique ?

La plupart du temps, le thème de mes morceaux est basé sur la spiritualité. Watch Your Mouth est basé sur l’ancien enseignement japonais du « kotodama », qui signifie que « les mots que tu dis à quelqu’un te reviendront. » Paper doll est une chanson basée sur le rituel traditionnel Shinto du « hitogata-nagashi » pour laver et purifier les péchés du cœur. Astrology Rap parle de l’énergie des signes du zodiaque.

Aussi, mon style particulier de chant est inspiré de rituels chamaniques traditionnels japonais et de chansons folk. J’exprime ma spiritualité à travers tout ça.

De quelle chanson es-tu la plus fière ?

Toutes ! J’aime équitablement tous mes morceaux. En revanche, mon titre le plus populaire est Paper Doll.

À quoi ressemble la scène des rappeuses au Japon ? Es-tu en lien avec certaines d’entre elles ?

Il y a tellement de rappeuses au style unique qui sortent de la musique. Certaines sont des amies. Ce sont des femmes fortes et qui sont toutes indépendantes et qui n’ont peur de rien.

Quels sont tes projets à venir ?

Mecca et moi travaillons sur de nouvelles collaborations. Un nouveau clip est aussi en préparation.

Que penses-tu de Madame Rap ? Des choses à changer/améliorer ?

Je trouve que Madame Rap propose du super contenu et que c’est génial ! J’espère que vous allez continuer sur cette voie.

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