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Anier : « J’ai appris à utiliser le rap pour exprimer d’autres émotions que la colère »

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Anier © Daniel Cruz Fotografía

Tombée dans le hip hop par hasard, Anier fait aujourd’hui partie des figures phares du rap barcelonais. L’artiste de 24 ans nous parle de son parcours, de son rapport viscéral à l’écriture, de sa colère et de son premier album Alas De Metal.

Comment as-tu découvert le hip hop ?

Ce n’est pas très clair, je pense que le hip hop m’a happée sans que je m’en rende compte. Et à ce jour, il continue de le faire de plus en plus. Je dis toujours que je n’ai pas de références précises, et je ne me souviens pas du moment où j’ai vraiment commencé à m’intéresser au hip hop.

Ce que j’ai clairement compris, c’est qu’il est venu dans mon corps pour y rester. J’apprends chaque jour et j’en profite davantage.

Quand et comment as-tu commencé à rapper ?

Enfant, j’ai toujours aimé écrire. J’ai commencé à rapper quand j’ai réalisé que j’avais recouvert tous mes cahiers (avec lesquels j’étais censée étudier) de phrases, pensées, doutes et états d’âme… Là, j’ai vu que l’écriture était un moyen pour moi de m’exprimer. Et la musique était le meilleur médium pour le faire, alors j’ai essayé.

J’ai toujours aimé me donner à fond quand j’essaye quelque chose de nouveau mais avec la musique, c’était particulier parce que je ne me rendais pas compte de ce que je faisais. J’ai commencé à rapper à la maison, à enregistrer des chansons avec un micro et le pire programme audio qui soit sur mon ordinateur… Et j’ai fini par rapper avec des collègues dans la rue. On a fait des freestyles, des battles, on est allé à des soirées avec un haut-parleur et on a rappé partout où on pouvait. J’ai vraiment aimé cette période.

À partir de là, j’ai pris le rap au sérieux et n’ai jamais cessé depuis. Dieu merci j’en vis aujourd’hui, et c’est une partie fondamentale de ma vie. Je ne sais pas ce que je ferais si je n’avais pas la musique dans ma vie.

Quand as-tu créé le personnage d’Anier (ou Anier Deer) et comment le définirais-tu ?

Au début, j’avais l’habitude de parler d’Anier comme de mon personnage, mais maintenant, elle fait partie de moi. J’ai toujours eu une dualité très importante en moi. J’étais partagée entre la fille qui a des problèmes, les analyse, et souffre, et la fille qui détruit tout, se bat sans peur, et obtient ce qu’elle veut quand elle veut.

Maintenant, c’est différent. J’ai appris à vivre avec ces deux visages et à trouver un équilibre. C’est beaucoup plus sain.  Et avec Alas De Metal, mon premier album que je viens de sortir, je pense que ça se ressent musicalement.

Comment décrirais-tu ta musique ? Est-ce que tu te reconnais dans un genre/des genres de rap en particulier ?

Je suis très polyvalente, mais en fin de compte, je ne fais que du rap. Finalement, les sous-genres sont relatifs et peu importe si j’essaye d’expérimenter des sons différents et si les bases s’éloignent un peu du rap pur. Mon attitude, mes paroles, le message et l’essence de ma musique sont toujours du rap.

Quelle sont tes plus grandes qualités en tant que rappeuse ?

J’aime rapper et je me sens agile avec les mots. J’aime beaucoup équilibrer les métriques, et j’ai une bonne attitude quand je prends un micro, je pense que c’est la base… Les vraies compétences se voient sur scène. 🙂

Comment composes-tu en général ? Est-ce que tu préfères commencer par le beat ou le texte ?

Jusqu’à peu, j’écrivais toujours après avoir choisi la prod, on fait généralement comme ça quand on reçoit des beats sur Internet. Quand tu travailles avec des producteurs et des gens qui t’offrent musicalement un éventail de possibilités, tu peux jouer davantage et c’est plus facile de composer dans l’autre sens. En tout cas, je continue comme toujours, j’aime jouer pour m’adapter aux rythmes.

Quel est ton rapport à l’écriture ?

Il y a des moments pour tout… Il y a des années, mes paroles étaient monothématiques, et étaient une façon claire de cracher ma douleur. Il n’y avait pas de place pour un autre sentiment. Au fil du temps, j’ai appris à utiliser la musique pour exprimer d’autres émotions. Je m’amuse avec.

J’ai commencé à écrire par nécessité, et maintenant je le fais pour le plaisir. J’ai encore des espaces musicaux où je me repose, où je me sens en sécurité, où je dénoue des choses … Mais maintenant, je choisis aussi des beats pour m’amuser, jouer avec les mots, voir jusqu’où ma poésie peut aller… Un peu de tout.

De quel morceau es-tu la plus fière à ce jour ?

Je trouve que c’est très difficile de répondre à cette question. Je ne peux pas choisir une seule chanson. Toutes représentent des moments ou des états d’esprit très spécifiques, ce sont des pierres qui ont fait partie de mon chemin.

Je suis très fière de l’album Alas De Metal. Le projet en lui-même est ce dont je suis la plus fière en ce moment. Ça représente beaucoup de travail et le désir de le matérialiser a surgi pendant le processus de création. Le tenir entre mes mains est très gratifiant. C’est un grand rêve devenu réalité.

En tant que rappeuse, quelles difficultés as-tu rencontrées au cours de ta carrière ?

En tant que femme, je n’ai jamais ressenti de problèmes et me suis toujours sentie comme n’importe quel autre artiste sur la scène. Le public m’a soutenue, les artistes de la scène m’ont soutenue. J’ai toujours été à l’aise partout. Je mentirais si je disais le contraire.

Tu figures sur le titre “Kartikkeya” des rappeuses barcelonaises Tribade, avec Santa Salut, Elane et Sofía Gabanna. Comment t’es-tu retrouvée sur ce projet ?

Je connais Bittah et Masiva de Tribade depuis longtemps. La musique nous a réunies il y a des années mais elles m’ont personnellement touchée et j’ai beaucoup d’amour pour elles. Elles m’ont proposé de participer à leur album et de poser sur un titre avec d’autres artistes. Donc cela semblait être une bonne occasion de prendre plaisir à faire de la musique et à créer de l’unité et du soutien au sein de la scène.

En vrai, l’Espagne manque un peu de ça et de tels projets me semblent intéressants à la fois pour mieux se connaître et pour proposer du contenu alléchant au public.

La scène des rappeuses et du rap queer a l’air d’être en plein essor à Barcelone. Qu’est-ce que cette ville a de spécial pour le rap ?

C’est une ville qui bouge. Il y a de plus en plus de gens qui font de la musique et à Barcelone il y a du talent, du soutien et des ressources. Les gens commencent à s’unir de plus en plus sans préjugés. Et cela génère du respect. Il y a de plus en plus de « références », ce qui encourage les artistes. Ils se rendent compte qu’il est possible de travailler dans la musique et d’en vivre.

On parie beaucoup sur de nouveaux talents, ce qui crée un éventail de possibilités pour ceux qui veulent sauter dans la grand bain. Bien sûr la qualité reste primordiale, mais en termes de quantité, Barcelone grandit aussi musicalement parlant.

Quels sont tes projets à venir ?

En ce moment, vous pouvez découvrir mon album est sorti récemment et je continue de faire de la musique. Je souhaite faire de nombreuses collaborations d’ici la fin 2022-2023 et offrir le meilleur de moi-même au public qui attendait tellement mon retour.

© Daniel Cruz Fotografía

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