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MC Sha-Rock : « Nous, femmes, avons participé à bâtir la culture hip hop »

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Ancienne membre du légendaire groupe de rap américain The Funky 4 +1, MC Sha-Rock est la première rappeuse de l’histoire du hip hop. Originaire de Caroline du Nord, elle grandit dans le Bronx dans les années 1970 et débute comme B-girl avant de devenir la première femme à faire partie d’un groupe de rap. Elle est aussi la première rappeuse à passer à la télévision nationale aux États-Unis, à figurer sur une cassette audio et à avoir une équipe de sécurité composée à 100 % de femmes.

Aujourd’hui âgée de 58 ans, l’artiste nous raconte comment elle a contribué à bâtir et faire évoluer le hip hop, ses premiers pas avec The Funky 4 + 1 et le rôle prépondérant des femmes dans la construction de cette culture.

Nous avons choisi de retranscrire l’interview et de la diffuser sous forme audio pour faire entendre cette voix fondatrice de l’histoire du hip hop.

Quand et comment as-tu découvert le hip hop ?

En 1973, un homme nommé DJ Kool Herc a organisé la première soirée hip hop au 1520 Sedgwick Avenue dans le Bronx. Il l’a ensuite déplacée en bas de Sedgwick Avenue à Cedar Park et jouait les morceaux qui avaient bercé notre enfance.

Pour ma part, je n’ai débuté qu’en 1976. J’ai commencé en tant que B-Girl. Je traversais tout le Bronx juste pour entendre des breakbeats et attendre les DJs, avec d’autres B-Girls et B-Boys, pour sauter dans tous les sens, me jeter au sol et juste m’éclater sur tous ces beats.  

Comment as-tu commencé à rapper ?

À l’été 1977, pendant que tout ça se passait, tout ce qui m’intéressait, c’était de devenir B-Girl. Mais fin 1977, après la panne de courant généralisée à New York, j’étais devenue la première rappeuse de la culture hip hop. Permettez-moi de vous rappeler qu’il n’y avait aucune autre femme qui gérait le micro comme Sha-Rock.

J’ai rejoint un groupe qui s’appelait Brother’s Disco, alors qu’il distribuait des flyers pour auditionner des MCs. Ils avaient déjà un MC, qui était KK Rockwell. Keith Keith est arrivé 1 ou 2 mois avant moi, ou en même temps. Donc on était juste 2 mecs et moi dans le groupe.

Tu as été membre du groupe légendaire The Funky 4+1. Comment as-tu rejoint ce projet ?

Début 1978, après un battle avec des rappeurs et des DJs, un autre MC a rejoint le groupe. Donc début 1978, je suis devenue membre du premier groupe de rap qui incluait une femme, The Funky 4. Encore une fois, quand j’ai commencé, il n’y avait aucune femme qui balançait un 8 ou un 16. À l’époque, j’étais la seule femme qui kickait plus de 32 mesures.

« The Funky 4 joué un rôle clé dans la création de la culture hip hop actuelle. »

Donc fin 1978, beaucoup de nouveaux groupes sont apparus dans le hip hop, en essayant d’utiliser la même formule que The Funky 4, avec une fille qui rappait. Mais MC Sha-Rock a été la première rappeuse de l’histoire du hip hop et aussi la meilleure rappeuse de 1978 aux débuts des années 1980.

The Funky 4 joué un rôle clé dans la création de différentes voies qui font la culture hip hop actuelle. Nous avons été le premier groupe à avoir une rappeuse, moi. Nous avons été le premier groupe à porter des vêtements avec des graffiti dessus. Nous avons été le premier groupe, avec Grandmaster Flash and The Furious Five, à créer des battles de rap. On faisait des compétitions de rimes. On avait des routines de danse et des machines à fumée. Pour savoir quel groupe rappait ou dansait le mieux, on laissait le public juger et désigner le vainqueur.

J’ai aussi été la première rappeuse à avoir une sécurité et un « hype crew », composés exclusivement de femmes. Quand je balançais des rimes, elles allaient dans le public et faisaient chanter les gens avec moi et répéter les paroles.

Tu es devenue la première rappeuse de l’histoire du hip hop et la première rappeuse à passer à la télévision nationale aux États-Unis…

J’ai été la première rappeuse à passer à la télévision nationale dans l’émission Saturday Night Live, présentée par la légendaire Deborah Harry du groupe de rock Blondie.

« En tant que femmes, nous avons été en première ligne depuis le début. »

On était en tournée avec Sugar Hill Records en 1980 ou 1981 et on a reçu un appel de Deborah Harry qui présentait Saturday Night Live. On nous a dit qu’elle recherchait le groupe de rap le plus cool du moment. Elle aurait pu choisir Grandmaster Flash and The Furious Five, qui étaient tout aussi cool que nous. Mais je crois qu’elle nous a choisis parce qu’on avait une femme dans le groupe et qu’on était de nouvelles têtes. Même si on avait des disques et on faisait nos trucs à New York, je crois qu’elle avait envie d’exposer au monde ce qui se passait dans le Bronx.

Je suis là pour vous dire que Sha-Rock a été la première rappeuse de l’histoire du hip hop et une membre fondatrice qui a permis à cette culture d’évoluer. J’ai été la première rappeuse à figurer sur une cassette, ou sur ce qu’on appelle aujourd’hui une mixtape.

Quel rôle les femmes ont-elles joué dans la construction et l’évolution de la culture hip hop ?

En tant que femmes, nous avons été en première ligne depuis le début. Nous ne sommes pas arrivées dans le game en disant « je suis juste venue suivre votre exemple. » Il n’y avait pas que des hommes, sans vouloir être irrespectueuse. Et je suis là pour vous dire que nous, femmes, avons aidé à bâtir cette culture.

Je suis fière de faire partie d’un business de plusieurs milliards de dollars qui a touché tous les aspects du monde, tous les genres, toutes les cultures et d’être là pour le voir. Beaucoup de gens me disent « laisse-moi t’offrir une rose. » Laissez tomber les roses. Je suis encore là pour voir comment la culture hip hop s’est transformée.

« Si on célèbre tous les aspects de la culture hip hop, alors elle évolue. »

Quand on parle de la culture hip hop, il faut prendre en compte tous ses éléments : le rap, le DJing, le graffiti, les B-girls et les B-boys, la connaissance du mouvement, la mode… Alors quand les gens me demandent ce que je pense de la culture hip hop et de son évolution, je réponds que si on célèbre tous les aspects de la culture, alors elle évolue. Mais si tu penses que la culture hip hop est juste le rap, alors en tant que membre fondatrice, je suis là pour te dire que c’est faux. Le rap est juste un élément de la culture. Alors peu importe d’où tu viens, si tu célèbres et respectes tous les éléments de la culture. Mais si tu considères le rap comme étant la culture hip hop, ce n’est pas le cas.

Te définis-tu comme féministe ?

On peut être féministes de plein de manières différentes, mais je crois qu’on devrait toujours se battre. Quand une personne se comporte mal, on devrait lui dire, mais de manière respectueuse. Mais le seul moyen pour nous de devenir puissantes et de le rester est de dire : nous venons de différents milieux, mais en même temps, nous devons respecter nos endroits, nos efforts, nos choix et nos modes de vie.

« Le hip hop peut construire et éduquer en racontant des histoires. »

J’ai toujours soutenu les femmes depuis le premier jour. Les gens s’attendent à ce que je n’écoute qu’un certain type de rap, la forme originale du hip hop. Mais non. J’écoute de tout. J’écoute plein de choses différentes parce que je pense qu’en tant que femmes, nous aimons nous exprimer dans des formes très variées. Et je pense que le hip hop peut construire et éduquer en racontant des histoires. Parce que nous venons tous de cultures différentes, mais nous sommes tous là pour la même chose, qui est « Peace, Love, Unity, Fun » et nous respecter les uns les autres.

Je pense que le moyen puissant dont le hip hop et le rap peuvent éduquer est de raconter aux gens des histoires, sans nous dégrader ou cesser de se soutenir mutuellement. Nous, femmes, devrions toujours nous soutenir, quoiqu’il se passe.

Quels sont tes projets à venir ?

Je viens de signer avec Rock The Bells Radio de LL Cool J. Maintenant, je vais faire de la radio en plus d’essayer de sortir mon film. Le script est prêt, ça s’appelle Luminary Icon, donc avec un peu de chance, j’aurai juste quelques détails à modifier.

« J’ai été la première rappeuse à jouer pour un public de punks à New York dans les années 1980. »

Mais vous me verrez, j’arrive bientôt avec la véritable histoire de la première rappeuse de la culture hip hop, moi, Sha-Rock. En même temps, je pourrai raconter mon histoire et vous montrer exactement ce qui s’est passé pour la première rappeuse de la culture hip hop aux débuts du mouvement.

Madame Rap, faites passer l’info à tout le monde ! Je dis ça en toute modestie, parce que Sha-Rock est sur 500 flyers différents, qui montrent et prouvent qui je suis. J’ai aussi des cassettes audio et des vidéos des premiers pas de Sha-Rock sur scène. J’ai été la première rappeuse à jouer pour un public de punks à New York dans les années 1980 et j’ai des images de cette époque qui montrent qui je suis.

Que penses-tu de Madame Rap ? Des choses à changer/améliorer ?

Avec Madame Rap, je pense que ce que vous faites est génial. Parce que vous célébrez tous les aspects des femmes, peu importe d’où elles viennent et qui elles sont. Et si vous célébrez tous les aspects de la culture hip hop, alors je suis à fond avec vous ! Vous savez pourquoi ? Parce que peu importe d’où tu viens, ou ton orientation sexuelle, on est tous là-dedans ensemble. Et si vous défendez une bonne cause, je dis continuez ! Je dis respect à toutes les femmes.

« Nous, femmes, sommes l’espèce la plus puissante au monde. »

Donc je dis respect à vous Madame Rap et continuez comme ça. Vous ne devez rien changer si ce n’est continuer d’avancer et vous assurer de faire savoir à tous les MCs, graffeurs·euses, danseurs·euses, et même aux personnes qui sont dans la politique, qu’elles peuvent compter sur Madame Rap. Mais en même temps, vous luttez avec elles parce que vous respectez tout ce qu’elles font et apportent à la culture.

J’aurais pu vous parler de plein d’autres choses, mais je voulais juste aller à l’essentiel et dire à Madame Rap que je suis avec vous et vous dire d’être là les unes pour les autres. Parce que nous, femmes, sommes l’espèce la plus puissante au monde. Nous devons continuer à nous soutenir mutuellement. Peace.

Retrouvez Sha-Rock sur son siteFacebook, Instagram et Twitter

Voir l’interview sur YouTube.

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