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Lylice : « Mon féminisme est toujours en mouvement »

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Quelques semaines après la sortie de son premier EP « Farouche », la rappeuse de Montreuil (93) nous parle de son parcours dans le hip hop, de sa collaboration avec Esthr, des femmes qui l’inspirent et de son féminisme. 

Quand et comment as-tu découvert le hip hop ? 

C’est un pote en CM1 qui m’avait offert l’album Dans ma bulle de Diam’s à mon anniversaire, merci Sami. Je devais avoir 8 ou 9 ans. Plus tard, en découvrant le rap américain avec un album de A Tribe Called Quest, j’ai compris que le hip hop était bien plus vaste.

Tout un monde s’est ouvert à moi. Avec une pote, on montait des groupes Facebook pour partager nos meilleures pépites diggées sur Youtube. Moins il y avait de vues, plus c’était stylé haha. Encore aujourd’hui ça m’arrive d’y refaire un tour parce qu’il y avait des sons vraiment bien dessus. Et puis à côté de ça, j’ai aussi découvert le milieu du graff avec une autre pote qui en faisait beaucoup et que je suivais partout.

Quand et comment as-tu commencé à rapper ?

J’ai découvert sur le tard Lunatic, Anfalsh, la Scred Connexion,… Un rap revendicateur, qui mettait des mots sur mes colères. C’est ce rap qui m’a donné envie d’écrire. Il m’a transmis l’amour des mots et l’exigence du fond. Aujourd’hui, je me détache de ce style mais je respecte toujours énormément ces rappeurs·euses.

Tu viens de sortir le EP « Farouche ». Comment as-tu travaillé sur ce projet ?

C’est mon premier projet abouti. Alors je l’ai conçu comme une carte de visite, une présentation. « Farouche », c’est un adjectif qui caractérise mon rapport à la musique : je suis quelqu’un d’introvertie dans mon quotidien, mais l’écriture, et la scène surtout, me font sortir les griffes. C’est un mélange de timidité et de sauvagerie. Les titres de cet EP montrent ces deux facettes.

J’ai travaillé dessus avec Køhm (ancien de Exepoq) qui m’a accompagnée sur tout le projet. J’ai aussi collaboré avec le graphiste Soufiane Safou qui a créé la cover du projet, et Laura Baquela qui a réalisé le clip de Terminus avec l’équipe de Mer Noire. Je ne remercierais jamais assez toutes ces personnes.

Le titre Poz est en featuring avec Esthr. Comment vous êtes-vous rencontrées et avez-vous décidé de collaborer ?

On s’est rencontrées à une émission de radio où on était invitées toutes les deux.

C’est une rappeuse et une personne que j’admire beaucoup. On a fait plusieurs scènes ensemble, où on jouait chacune nos morceaux et on backait l’autre. On a eu envie de faire un morceau ensemble pour ces occasions-là. Et puis au-delà de la scène, dès qu’on se voit, on se fait écouter nos maquettes, on se conseille sur nos projets, on se soutient… C’était une évidence de l’inviter sur cet EP. Elle aussi travaille sur des nouveaux morceaux de son coté, vous allez bientôt en entendre parler.

Lequel de tes morceaux te représente le mieux et pourquoi ?

Difficile, mais je dirais Renard, le premier titre de l’EP. Dedans, j’ai écrit que je suis « ensorcellée depuis marmot » et « enragée depuis ado« … Les présentations sont faites. C’était censé être l’intro et puis il a pris l’allure d’un morceau à part entière. C’est le dernier morceau que j’ai écrit pour ce projet, dans une période de ma vie un peu floue. J’aime bien le mélange de chant et de kickage.

Quelles sont les femmes, connues ou pas, qui t’inspirent ?

Dans la musique, j’ai toujours été très impressionnée par Barbara, pour son œuvre, et aussi pour son intransigeance et la confiance en elle qu’elle dégage. J’aime beaucoup les rappeuses américaines 070Shake, Missy Elliott et Lil Kim.

Et puis politiquement, je suis très impressionnée (et reconnaissante) par les femmes qui se battent contre la justice française et contre les violences policières qu’ont subi leurs frères, pères, conjoints… Ramata Dieng, Amal Bentounsi, Assa Traoré, et beaucoup d’autres.

Te définis-tu comme féministe ? Si oui, comment définirais-tu ton propre féminisme ? 

Mon féminisme est toujours en mouvement. J’ai relu mon premier texte de rap d’il y a 10 ans, que je pensais féministe où en fait je ne fais que clasher les meufs « superficielles ». Il est super problématique, jamais je n’écrirais un texte comme ça aujourd’hui.

Je pense qu’il ne faut pas arrêter d’être vigilant·e, envers soi et les autres. J’aurais beau très bien parler de mon féminisme, je crois davantage aux actes et à l’attention portée à ne pas reproduire un système de domination et d’oppression dans nos quotidiens. La violence est un caractère qu’on ne nous a jamais autorisé, le rap m’aide beaucoup à en faire quelque chose. Je crois aussi à un féminisme qui passe à l’offensive, qui est indissociable de l’anticapitalisme et de l’antiracisme, qui est queer et inclusif.

Quels sont tes projets à venir ? En quoi le Covid impacte t-il sur ton activité ?

Le Covid a empêché beaucoup de rencontres, et surtout celles avec un public. Je n’ai pas fait de vraie release party pour la sortie de mon EP et j’en suis triste. Mais si on voit le verre à moitié plein, il y a aussi tout le temps de création qui est plus facile à prendre quand on est contraint à rester chez soi… En résumé, je n’ai jamais été si productive en studio que cette année, mais les concerts me manquent.

Que penses-tu de Madame Rap ?  Des choses à changer/améliorer ?

C’est lourd, bravo pour votre taf !

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© Zeloui

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