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Big Tiff : « Les situations d’inégalité me révoltent »

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D’origine belge et installée près d’Angoulême (Charente), Big Tiff a sorti son premier EP Planétarium en 2020. La rappeuse nous parle de son parcours dans le hip hop, de sa vision du féminisme et de l’impact de la crise sanitaire sur son activité.

D’où vient le nom Big Tiff ?

Je me suis creusé la tête pour me trouver un blaze et j’ai fini par le trouver caché dans mes cheveux.

Quand et comment as-tu découvert le hip hop ?

Quand j’étais enfant, j’ai reçu un billet pour mon anniversaire et ma mère m’a emmenée dans une boutique qui ne vendait que des CDs. J’en ai pris 3 en choisissant des pochettes d’albums que je trouvais belles sans vraiment savoir ce que je sélectionnais. Je suis revenue chez moi avec les 3 albums, dont un de Diam’s.

Quand et comment as-tu commencé à rapper ?

J’ai commencé à rapper dans ma cuisine. Je m’asseyais à la table avec du papier, des crayons, de la peinture et je chantais du Diam’s en dessinant.

Longtemps après, vers mes 24 ans, je me suis retrouvée à écrire du rap avec des amis. On faisait des sessions d’écriture et d’enregistrement pendant la nuit. On appelait ça « les petites bouzes du samedi soir ». On choisissait un beat et un thème et chaque personne présente devait écrire un 16 sur ce thème, sans savoir ce que l’autre avait écrit. On les enregistrait chacun notre tour, l’un de nous écrivait un refrain et la magie opérait… On faisait du rap !

Quel·le·s artistes écoutais-tu quand tu étais petite ?

J’ai accroché au rap grâce à Diam’s. C’est grâce à elle que j’ai connu ce mouvement musical. Elle m’a fait chanter et aimer le rap.

En creusant un peu et en écoutant d’autres rappeurs, j’ai tout de suite été attirée par les textes qui dénonçaient, racontaient des histoires, exprimaient des émotions… Rythme and Poésie.

Après Diam’s, je suis passée à Sinik et en particulier la chanson Autodestruction, puis 113 avec Un jour de paix. Par la suite, je suis tombée sur les chansons de Keny Arkana avec ses textes qui sont juste fabuleux. Aussi Orelsan, les Casseurs Flowters, James Daeno, Grand Corps Malade et plein d’autres…

J’aimais aussi beaucoup des rappeurs tels que Kamini ou Fatal Bazooka, qui avaient une panoplie de textes rigolos.

J’ai toujours écouté pas mal de choses différentes, j’aimais la musique en général.

Ta musique mêle des sonorités rap, punk et reggae. Quels points communs vois-tu entre ces trois courants musicaux ?

Pour le coté reggae, je ne sais pas. Les premiers concerts que j’ai vus dans ma vie étaient du reggae et du ska. J’aimais énormément ce style de musique quand j’étais ado.

Je dirais que le côté punk doit sûrement venir du fait que j’ai fait partie d’un groupe de musique punk avant de commencer mes projets personnels. C’est grâce à eux que j’ai pu toucher à l’univers de la musique.

Après, je ne m’étais jamais vraiment posé la question, mais le point commun en y réfléchissant est peut-être le sujet des textes : ces trois courants musicaux ont quand même des revendications/ idéologies liées à tout ce qui touche au domaine social. Ils sont pour la défense des droits humains même s’ils ont chacun leur façon bien à eux de le faire.

Lequel de tes morceaux te représente le mieux et pourquoi ?

Je me retrouve particulièrement dans Petit Boby Blizard. Cependant, je pense qu’ils me ressemblent tous un peu. Mes textes sont écrits grâce à des observations du monde qui m’entoure, de ressentis… C’est un point du vue personnel, une petite partie de moi à chaque fois.

Qui sont tes rôles modèles ?

Pour leur force, Diam’s et Keny Arkana. Pour leur univers visuel, Stromae, Wes Anderson, Tim Burton et Sia.

Te définis-tu comme féministe ? Si oui, comment définirais-tu ton propre féminisme ?

Je suis féministe car je souhaite l’égalité hommes-femmes. Je ne laisse pas passer les comportements sexistes et les situations d’inégalité me révoltent. Il y a des personnes qui se catégorisent en tant que féministes et qui ne le sont pas de part leurs actes, leurs paroles ou leur façon d’agir dans certaines situations envers les femmes, ce qui va à l’encontre de ce qu’ils prétendent être et ne correspond pas au féminisme. Pour moi, se prétendre féministe ne suffit pas, c’est notre façon d’agir dans la vie quotidienne qui définit si nous le sommes ou pas.

 

Si je devais définir mon propre féminisme, je le définirais par un seul et unique mot : égalité. Je pense simplement que dans mon monde idéal, le féminisme n’existerait pas, dans le sens où les gens se respecteraient les uns les autres et nous n’en aurions pas besoin. Ils verraient les personnes en face d’eux comme des êtres humains à part entière, qui ont leur façon de penser, qui font leurs propres choix d’être qui ils veulent, sans pour autant les définir femmes ou hommes, mais bien comme des êtres humains tous égaux avec les mêmes droits que leurs voisins. Dans mon monde idéal, les gens arrêteraient de se marcher les uns sur les autres à cause d’un genre ou d’une question de différence de sexe.

 

Malheureusement, mon monde idéal sonne plus comme un rêve qu’une réalité. Nous avons donc besoin du féminisme. 

Quels sont tes projets à venir ? Quelles conséquences le Covid a-t-il sur tes activités ?

Un nouvel EP ou album, réaliser le clip Santa Close, qui a été suspendu à cause du Covid, continuer de créer…

Le Covid a pas mal de conséquences sur mes activités. La situation n’est vraiment pas facile. Il n’y a plus de concerts et cela me pèse énormément. J’ai l’impression d’être un boulanger qui peut faire du pain mais qui ne peut pas le distribuer et voir les gens se régaler avec. Le dicton « plus on est de fous plus on rit » n’a plus aucun sens. À l’heure actuelle, moins on est nombreux, mieux on se porte…

L’ambiance des concerts me manque, les foules de gens me manquent, leurs sourires me manquent, les festivals, la musique, les moments de joie et de partage, l’énergie des concerts, ce qui nous rassemblait et nous faisait passer de bons moments il y a quelques années est en pause constante et personne ne sait quand ce virus va s’arrêter, si un jour il s’arrête, et si un jour tout cela pourra reprendre à la normale.

Voilà, c’est un peu déprimant dit comme ça, mais c’est malheureusement notre réalité ! Je ne suis pas la seule  à « souffrir » de cette situation sanitaire, la plupart des artistes sont dans le même cas et cela me désole. Je continue néanmoins de remplir mon agenda de dates de concerts quand il y en a qui tombent, sans pour autant savoir si elles seront maintenues.

Je devais réaliser un clip en 2020 car j’espérais que la situation sanitaire serait meilleure en fin d’année. Il y avait énormément de gens qui étaient sur le projet : des figurants, une équipe de tournage, une collaboration avec Emmaüs à Angoulême (ils m’ont apporté un soutien phénoménal pour ce projet : prêt de costumes, lieux de tournages…) Il y avait aussi d’autres personnes qui prêtaient des lieux de tournages. Le clip était financé grâce à des contributeurs Ulule. Enfin, bref, un énorme projet, avec énormément de gens qui le soutenaient ou y participaient qui a été mis en stand-by à cause de ce virus.

Cette situation sanitaire est pesante pour énormément de gens et j’espère de tout cœur le retour à la normale car pour le moment nous naviguons tous ensemble sur une mer d’incertitude.

Que penses-tu de Madame Rap ?  Des choses à changer/améliorer ?

Madame Rap est juste géniale : c’est un énorme média qui répertorie les artistes féminines dans le rap et ça nous permet de découvrir de nouveaux artistes de façon constante, vous les faites sortir de l’ombre en quelque sorte. Continuez à faire ce que vous faites ,c’est vraiment chouette. Gros big up à l’équipe !

Retrouvez Big Tiff sur FacebookInstagram et YouTube.

© Alexandre Topolewski

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