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Tyriss : « J’essaie d’être la meilleure féministe que je peux »

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D’origine suisse et algérienne, Tyriss (Gwen de son vrai nom) est active dans le rap depuis des années. En parallèle, elle travaille à Genève dans une association chargée d’accueillir des femmes et des adolescents. La MC de 30 ans nous parle de son parcours dans le hip hop, de sa collaboration avec le pianiste et producteur Thierry Corboz et de la scène rap dans sa ville. 

Quand et comment as-tu découvert le hip hop ?

J’ai commencé à écouter du rap à l’adolescence, ça m’a vite parlé et petit à petit, j’ai commencé à en faire aussi, à aller à des ateliers d’écriture, des open mic, et rencontrer des gens du milieu. C’est venu assez naturellement, il se passait plein de trucs à Genève et j’allais partout.

Si tu devais choisir le morceau qui te définit le mieux, lequel choisirais-tu et pourquoi ?

Question trop difficile ! Impossible de répondre, je pense que l’album ORFELINS me définit dans son ensemble. Je ne peux pas choisir juste un titre…

Tu as sorti en avril l’album ORFELINS en duo avec le pianiste et producteur Thierry Corboz. Comment est née l’idée de ce projet ?

J’ai rencontré Thierry dans une école autour de 2017, on a fait une formation ensemble qu’on a pas terminée. On a arrêté presque en même temps et on s’est dit qu’on allait faire un album, comme ça, entre deux cafés.

Je ne sais pas d’où vient l’idée. Je ne sais pas très bien comment ça s’est fait, mais il a commencé à m’envoyer quelques instrus que j’ai trop aimé, et puis une fois, je lui ai donné juste un thème et c’est là qu’il a fait l’instru de  Froids, je l’ai trouvé vraiment géniale.

J’avais besoin de bosser avec quelqu’un, toute seule je procrastine à mort, il ne se passe jamais rien, je n’arrive pas à me discipliner. Je fais toujours 12 trucs à la fois, j’ai du mal à finir mes projets et je suis toujours un peu insatisfaite. Avec lui ça a bien matché, on arrivait à bien se tirer en avant, et je n’étais plus toute seule, je n’avais le choix que de me bouger. Et aussi ses instrus me correspondent vraiment, je n’avais aucun doute sur ça.

Tu as collaboré avec la rappeuse suisse KT Gorique sur le titre Tu peux juger et tu as également participé à son premier Biggest Female All Stars Cypher. Comment vous êtes-vous rencontrées ?

Avec KT, on se connaît depuis super longtemps. Je l’ai rencontrée il y a environ 8 ans au travers de potes d’associations et de collectifs de Genève qui faisaient des liens avec le crew de KT à Martigny. Et voilà, on est devenu potes à cette époque-là et on l’est resté. C’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup humainement et artistiquement. Elle a une énergie de dingue. Avec Thierry, on avait envie de faire ce featuring pour ramener un peu de lumière dans l’album, et franchement je ne sais pas qui aurait mieux géré ça qu’elle!

À quoi ressemble la scène des rappeuses en Suisse ? Es-tu en lien avec certaines artistes ?

Je connais mieux la scène genevoise que la scène Suisse. J’ai été à l’origine du Collectif La Ruelles, qui essaie de mettre en avant un maximum la scène locale. Dès qu’on peut mettre en avant des artistes, on le fait. On donne aussi des ateliers rap tous les mois. On devait organiser des soirées cette année mais avec la crise sanitaire, c’est un peu chaud du coup on va essayer de se réinventer un peu.

Genève, c’est petit, tout le monde se connaît. Après il y a un truc générationnel, je pense qu’il y a toute une partie de jeunes rappeuses qui commencent maintenant que je ne connais pas, mais j’essaie de rester à l’affût et de ne rien rater.

Qui sont tes rôles modèles ?

Je ne crois pas avoir vraiment des « modèles ». Ça dépend des périodes, j’aime vraiment le rap comme un truc viscéral. J’en écoute énormément, j’essaie de ne rien rater. Je suis toujours en train d’écouter des nouveaux trucs que je ne connaissais pas. Je bloque dessus pendant un moment et après j’en trouve des nouveaux.

Te définis-tu comme féministe ? Si oui, comment définirais-tu ton propre féminisme ?

Ca me fais toujours bizarre de dire « je suis féministe » comme une identité revendiquée. On va dire que j’essaie d’être la meilleure féministe que je peux en faisant du mieux que je peux avec les moyens que j’ai.

Pour moi, le féminisme c’est une remise en question perpétuelle de ses privilèges, de la place qu’on prend et surtout de la place qu’on doit laisser.

Quels sont tes projets à venir ? En quoi le Covid impacte-t’il sur ton activité ?

On va continuer à faire de la musique avec Thierry. On aimerait collaborer avec d’autres artistes, refaire des sons, des clips, sortir des projets. On n’avait pas prévu de faire des concerts pour cet album donc pour nous, la crise sanitaire n’a rien changé.

Par contre, je suis Dj pour un pote ASRA, qui vient de sortir son album et avec qui on avait des concerts prévus, donc là, tout a été annulé. On attend de pouvoir recaler des dates.

Mais bon je travaille, je ne gagne pas du tout ma vie avec la musique et pour le moment, ce n’est pas le but. Je kiffe mon job, et encore plus dans une période de crise où j’ai vraiment l’impression de servir à quelque chose.

Que penses-tu de Madame Rap ?  Des choses à changer/améliorer ?

Ha bah Madame Rap, trop fort !Vous assurez trop ! J’ai été hyper touchée par la réactivité et l’intérêt que vous avez porté dès qu’on a commencé à sortir des trucs. C’est assez compliqué d’être relayés par des médias et ça fait vraiment du bien quand ça se fait et qu’on a le sentiment que c’est fait avec le cœur. Changez rien ! <3

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