Interview – Medusa : « Je porte la voix des citoyens de pays arabes »

Souvent présentée comme la première rappeuse tunisienne, Medusa s’est fait connaître pendant le Printemps Arabe avec son titre « Tounsiya, fière de l’être ». Elle nous parle aujourd’hui de la sortie de son EP Citizen of the World et de sa collaboration avec Call Me Femcee. 

Tu es venue au rap par la danse. Comment as-tu découvert le breakdance ?

J’ai grandi dans une famille très ouverte aux musiques du monde et spécialement à  la pop. Ensuite, c’est mon grand frère qui a découvert le hip hop et le breakdance dans les année 2000. J’étais fascinée et je le suivais partout lors de ses entraînements (dans la cour de la mosquée du quartier vu qu’il n’y avait pas de salle de sport à l’époque et que la mosquée était le seul endroit avec un sol lisse pour le powermove).

Quand et comment as-tu commencé à rapper ?

J’ai commencé à  écrire des poèmes dès l’âge de 14 ans. Puis, ça a été spontané et très facile de commencer à poser sur des beats, et ça m’allait beaucoup mieux que de simples poèmes.

Tu as sorti le titre « Tounsiya, fière de l’être » lors de la révolution tunisienne en 2011, qui a rencontré un véritable succès. Que t’a apportée cette reconnaissance ?

Le titre « Tounsiya fière de l’être » est un titre écrit du fond du cœur, surtout après tout le malheur qui nous est arrivé après la révolution. Son succès m’a permis de parler au nom des femmes et hommes tunisiens et en même temps, ça m’a mis une grande responsabilité sur les épaules. En parcourant plusieurs autres pays arabes, je me suis rendu compte qu’il ne s’agissait plus de transmettre la voix des Tunisiens, mais de porter la voix d’un plus large nombre de citoyens de pays arabes.

En France, tu travailles avec Call Me Femcee, compilation et projet international de rappeuses du monde entier. Comment vous êtes-vous rencontrées et en quoi consiste votre collaboration ?

Cette collaboration a été un vrai déclic dans ma vie artistique. Gauthier, le président de l’association Rencontres Urbaines, m’a contactée en 2014 alors que j’étais encore en Tunisie, et cette idée de compilation internationale m’a beaucoup plue. Par la suite, l’association Rencontres Urbaines m’a été d’une aide précieuse pour obtenir mon carte de séjour « compétences et talents ». La sortie officielle de cette compilation était en mai 2017, et j’ai participé à plusieurs scènes Call me Femcee depuis.

Tu t’apprêtes à sortir le EP Citizen of the World. Peux-tu nous présenter ce projet ?

Cet EP récapitulera mes expériences de ces dernières années, car depuis 2014 je n’ai pas aucun projet. J’ai fait des scènes un peu partout dans le monde, cela explique le nom Citizen of the World. Cet EP annoncera aussi la sortie de l’album prévue au printemps 2019.

Quelle place occupe les femmes sur la scène hip hop en Tunisie ?

Les femmes dans le hip hop, que ce soit en Tunisie, en France, ou ailleurs, restent une minorité. Certes, il existe plusieurs femmes en Tunisie qui font du hip hop, mais rares sont celles qui continuent jusqu’au bout. Je compte bien casser cette règle si le bon dieu le veut.

Te définis-tu comme féministe ?

Je parle au nom des femmes parce qu’il faut bien qu’il y ait des personnes qui expriment ce que ressentent les femmes, mais je ne me décris pas comme féministe car le féminisme peut, dans une certaine mesure, exclure le sexe masculin. Mais moi, je ne travaille qu’avec des hommes et ma vie est remplie d’hommes qui m’encouragent.

Qui sont tes rôles modèles féminins et pour quelles raisons ?

Honnêtement, je ne me considère pas comme une warrior à un message défini, les sujets de mes chansons varient énormément. C’est l’actualité ou ce que je vis qui m’inspirent des mots à écrire. Cela peut être politique, social, sentimental ou bien tout simplement un ego trip pour mon amour aux beats boom bap.

Sinon généralement, j’essaie toujours d’étudier un problème et de donner une solution à  ce dernier, transmettre un message positif qui fera réfléchir les auditeurs.

Quels sont tes projets à venir ?

Sortir l’EP en octobre.Tourner aux États-Unis entre le Michigan et le Texas dans le cadre d’un projet dont vous entendrez prochainement parler. Sortir un single en collaboration avec Konqistador Music et Sony Music Middle East. Faire une série de concerts avec le projet Call Me Femcee début 2019 en France. Sortir l’album Citizen of the World Vol.2 au printemps 2019.

Que penses-tu de Madame Rap ?  Des choses à changer/améliorer ? 

Je vous suis reconnaissante de m’avoir incluse dans votre article sur les rappeuses dans le monde arabe. Rien à changer. Il faut continuer à soutenir notre culture et ses représentantes féminines. Je vous souhaite du courage pour la suite.

Retrouvez Medusa sur Facebook, Twitter, Bandcamp, YouTube et Instagram

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