Cardi B sur Clique TV, chronique du sexisme ordinaire

Le 7 décembre dernier, Mouloud Achour a eu le privilège de recevoir la rappeuse américaine Cardi B sur Clique TV.

Au cas où vous l’ignoriez, Cardi B est entrée dans l’histoire cette année, devenant la première rappeuse depuis 19 ans à squatter le sommet des charts américains avec « Bodak Yellow », prouesse inégalée depuis Lauryn Hill et son tube « Doo-Wop (That Thing) » en 1998.

On vous le dit, parce que ce n’est pas en regardant cette interview que vous allez l’apprendre. Ben non voyons. Clique TV préfère faire dans le racoleur et parler du passé de strip-teaseuse de l’artiste, de ses selfies, de sa poitrine et ses fesses refaites, des vidéos où elle montre ses seins, ou comment raconter l’épopée d’une petite trinadienne dominicaine du South Bronx qui a-presque-un-peu-tapiné-quand-même pour devenir une star du rap façon Cendrillon du ghetto.

Heureusement, Cardi B a des ressources et ne se laisse pas démonter face aux questions paternalistes, condescendantes, exoticisantes et sexistes de Mouloud Achour, masquées par une posture de « on-est-à-la-maison, à la cool. »

L’entretien commence direct par « dis-moi les mots que tu connais en français, je serai indulgent avec toi ». C’est une entertaineuse, non ? Alors qu’elle nous divertisse. Après un « ton histoire pourrait s’intituler « How To Make It in America », comme l’histoire de Cendrillon (avec extrait du dessin animé pour ceux qui ne connaissent pas), Mouloud Achour confie son admiration pour l’artiste, qui est « une battante ». En effet, Cardi B s’est mise au strip-tease pour s’extraire de violences conjugales qu’elle subissait à l’époque et gagner son indépendance financière. Le sujet est évoqué vite fait, mais pas développé, faudrait pas non plus plomber l’ambiance. Elle raconte notamment que si les lapdances la « dégoûtaient », elle assume tout, parce que c’est ce qui lui a permis de se sauver. Et l’intervieweur de commenter « c’est un travail difficile », parce qu’il en sait quelque chose.

Au cas où vous l’ignoriez, la MC se revendique féministe, en a sa propre définition, et a fait de son corps un outil militant. Ça non plus, vous ne l’apprendrez pas dans cette interview. Car il faut déjà attendre 13’07, pour découvrir que Cardi B est aussi rappeuse en fait, donc féministe vous imaginez ! Sur vingt minutes de vidéo, on est bien.

Tout au long de l’interview, pas un mot sur ses influences, de Missy Elliott à Tweet, en passant par Madonna, Lady Gaga, Ivy Queen, ses débuts dancehall, sa cover de « Cheap Ass Weave » de  « Queen Speech 4 » de Lady Leshurr, sa première mixtape Gangsta Bitch Music, Vol. 1, sa seconde mixtape sortie début 2017, sa signature chez Atlantic Records, sa tournée avec The Lox, Lil’ Kim et Remy Ma, sa participation au festival Hot 97 aux côtés de Remy Ma et des légendes du rap Lady of Rage, MC Lyte, Young M.A., Monie Love, Lil’ Kim et Queen Latifah pour célébrer les femmes dans le rap et l’empowerment au féminin en reprenant l’hymne « U.N.I.T.Y. » Cul, seins, strip-club, argent. C’est bien plus représentatif.

On passe ensuite à la thématique tune avec « maintenant que tu gagnes plus, est-ce que tu as plus de problèmes ? » Hasthag Mo Money Mo Problems, clin d’œil à B.I.G toussa. « Bien sûr, on ne m’appelait pas autant avant. » Ben ouais meuf, tu aurais mieux fait de continuer à stripper dans ton club miteux, au moins tes proches ne feraient pas fait les chacals.

Mais le pompon survient à 18’22 avec ce magnifique « tu n’as pas de mal à parler de tes opérations, de tes injections dans les fesses et les seins. Est-ce la meilleure façon de faire taire les critiques ? » auquel la rappeuse réplique avec brio « je ne vois pas pourquoi je mentirais », expliquant qu’elle se fait troller sur les réseaux, qu’elle est ravie de pouvoir conseiller des jeunes filles et d’être devenue une sorte de rôle modèle en termes de chirurgie esthétique.

Pour ajouter au malaise, la scène se déroule sur un canapé, avec un Mouloud Achour avachi OKLM dans un coin en mode semi manspreading et une Cardi B assise à l’extrême opposé, l’air un tantinet apeuré, jambes croisées et enroulée sur elle-même. Hasard sans doute.

L’interview s’achève par une poignée de main qui fait envie et un « Respect You » adressé à l’artiste un peu hagarde. Respect, c’est bien le mot.

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