Interview Rap’elles & Baham Prod : Festival Umoja – Marseille

Madame Rap a rencontré Waka et Polo de RAP’Elles dans le cadre de l’organisation de leur premier festival Umoja. Rap’elles est un « groupe ouvert aux meufs et aux trans », qui partage son amour du rap sur la toile et organise des soirées pour célébrer des artistes hip hop invisibilisé.e.s.

UMOJA, festival de hip hop féministe et queer avec une scène non-mixte meuf et transgenre, se déroulera les 24, 25 et 26 novembre 2017.

Le 25 novembre est la journée internationales des luttes contre les violences faites aux femmes et minorités de genres. Les femmes dans le monde ont plus de « chances » de mourir sous les coups de leurs conjoints que de mort naturelle. UMOJA, qui signifie « unité » en swahili, est également le nom d’un village au Kenya en non-mixité choisie, sans hommes cis , afin d’éviter les violences physiques, sexuelles et psychologiques.

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L’évènement sera fortement orienté hip hop, et restera toutefois ouvert à d’autres genres musicaux, au programme :

VENDREDI & SAMEDI : Stand-up, DJsets de Dj silvia : (afrobeat), Dj Hétérocide : (hip hop), Emeraldia Ayakashi du collectif Madame Rap, Atelier beatmaking animé par WAKA, Communication, débat avec Karim Hammou et Paulo G.H : « hip hop et genre », Concerts : Syn Cha (hip hop, trap), Tracy De Sá (hip hop, trap), Safyr Sfer (hip hop, trap), Maëv (hip hop, trap,) Ritay soro (hip hop, chanson), Radykale junkypop (rap punk) et Judith et aphé (hip hop, chanson)

DIMANCHE : Atelier d’écriture : Mama chik, Atelier de dj et mix : Dj héterocide, Projection du documentaire Paris Is Burning: documentaire, Buffet & apéro Vegan,  Concert & Open mic : Sandra (chanson), Mama chi (hip hop), Neis’son (hip hop), WAKA (afrofuturisme..), Volupté Van Van ( électro-punk).

L’interview de Waka et Paulo est à lire ici :

Comment vous est venue l’idée d’organiser un festival féministe ? Quelle a été la réaction des artistes ?

W : L’idée pour moi est venue plutôt naturellement. Ce genre d’événement n’existe pas, on a besoin de s’ambiancer, donc créons-le ! Dans l’ensemble les réactions des artistes ont été super cool et encourageantes !

P : L’idée d’un festival féministe et queer vient juste de qui on est. Je suis trans et du coup ça me semble compliqué de faire un événement sans inclure les gens comme moi.  Et puis, il y a toujours la question de la visibilité qui est pour moi très importante, j’ai envie de rendre visibles les gens qui sont habituellement tenu.es à l’écart des scènes musicales.

Certaines artistes ont-elles refusé votre invitation parce que vous organisiez un festival féministe ?

W : A chaque fois qu’on organise des événements ou des soirées, il y a toujours une meuf qui refuse systématiquement et c’est vraiment marrant parce qu’on sait d’emblée quelle va refuser? C’est drôle, mais en même temps c’est un peu triste parce que elle a sans doute peur de nous parce qu’on est féministe et il faut dire que encore aujourd’hui ce mot fait peur.

P : On a eu beaucoup de réactions cool et encourageantes qui nous ont grave motivé.es, de base on ne pensait pas que tant d’artistes répondraient présent.es pour venir au festival. On pourrait penser qu’une scène non-mixte est difficile à organiser mais pour nous ça a été tout l’inverse. Des artistes nous ont même contacté d’eux mêmes ! Après, comme l’a dit Erika, il y a des gens qui ne veulent pas participer. On propose quand même et franchement, au final, je me fous un peu de ceux et celles qui veulent pas venir. Si c’est parce qu’i.elles trouvent que c’est nul tant pis, et si c’est parce qu’i.elles ne veulent pas participer à un festival féministe et queer, c’est que de toute façon on n’est pas d’accord…

La majorité du public est-il constitué de femmes et LGBTQIA ?

W : Je pense qu’il y aura une partie mais pas que.

P : Nos premières soirées oui, clairement. Mais pour le festival peut être que le public sera un peu différent. L’info a tourné dans d’autres milieux, on est passé.es à la radio lors de la Fiesta Des Suds, du coup je ne sais pas du tout à quoi va ressembler le public. On verra bien ! Mais je pense quand même qu’il y aura beaucoup de femmes et LGBTQIA+. En tous cas j’espère !

Comment votre festival est-il généralement perçu ? 

W : Je pense que le pire c’est le désintéressement parce ce n’est pas dans la norme.

P : Certaines personnes ne nous ont jamais recontacté.es par exemple, ou n’ont pas pris le projet au sérieux, parce que ça les faisait un peu marrer. Maintenant elles rigolent moins et nous beaucoup.

En quoi la France est-elle un pays de défense des droits des LGBT ?

W : Il y a eu un peu d’avancement pour les LGB mais surtout pour les gays. Dans le cas des trans, c’est au point mort et c’est assez flippant avec la stérilisation forcée des transgenres il y a encore quelque mois en France. Pour le moment, il n’y a que la Suède qui a reconnu que c’était un crime contre l’humanité. Tout reste à faire en France.

P : Malgré quelques avancées, la France continue de mutiler les personnes intersexes à la naissance, a pratiqué et pratique toujours les stérilisations de personnes trans (même si ce n’est plus systématique) qui sont obligé.es de recourir à des juges pour être reconnu.es. Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg, reste encore les humiliations au quotidien, les institutions méprisantes, les professionnel.les de la santé, qui malmènent les personnes… Par ailleurs, il y a des avancées sur beaucoup de points, et je suis partisan de dire que les lignes bougent et que ça fait du bien. Ne serait-ce que de pouvoir faire un festival comme Umoja, et de passer à la radio, ça n’aurait peut être pas été possible il n’y a pas si longtemps, ou du moins bien plus difficile, et plus caché.

Comment s’est fait le choix des artistes et intervenant.e.s?

W : Ça c’est fait assez naturellement, par rapport à nos envies et notre vision du festival.

P : Comme le dit Erika ça s’est fait sur le moment, en fonction des gens qui voulaient venir.

En quoi votre programmation artistique est-elle différente d’un festival « mixte »
W : Les artistes sont plus invisibilisé.es donc difficile à trouver. Pourtant, on est toutes et tous d’accord pour dire que les hommes cis ne sont pas supérieurs aux femmes et  aux minorités de genres. Le problème reste toujours les structures et la société.
P :  Quand on rencontre d’autres organisateurs et qu’on se présente, on va prendre un peu des pincettes surtout s’ils sont dans les institutions. Du côté artistique, on ne réfléchit pas à comment on va faire une scène non-mixte, je pense que c’est plutôt une scène qui ressemble à nos envies, du coup ce n’est pas contraignant artistiquement, je ne sais pas si c’est différent du coup. Peut être plus compliqué par contre.
Participez au Festival Umoja : umoja-festival.com
Retrouvez RAP’Elles sur Facebook
Relisez l’interview de leur collectif ici
 
Propos recueillis par Emeraldia Ayakashi

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