Interview – Toya Delazy : « Je n’ai pas envie qu’on me pose des questions sur mon apparence et ma sexualité »

Madame Rap a rencontré Toya Delazy à Paris, lors de sa participation à notre Madame Rap Cypher au Terrass Hôtel. La rappeuse sud africaine nous a parlé de sa nouvelle mixtape « Jet Lag », de sa vie à Londres et de son prochain album. 

Comment as-tu vécu ce Madame Rap Cypher avec Lor’a Yéniche, Hechi MC et Dinamita ?

J’ai adoré ! Même si je suis habituée aux freestyles, j’étais un peu stressée. J’ai trouvé que chacune avait son propre style et c’est ce que j’aime dans le rap. Le simple fait de sentir leur flow, même si je ne comprenais pas la langue, était génial. Ça m’a fait réaliser que les femmes sont bien là et qu’il faut qu’on en fasse quelque chose.

Tu viens de sortir la mixtape « Jet Lag », qui est ton premier projet depuis 2015. Que s’est-il passé pendant ces deux années ?

J’étais coincée dans un contrat avec mon ancien label et ne pouvais pas m’exprimer comme je le souhaitais. J’ai dû patienter et me retrouver. J’ai appris à mieux me connaître, à mieux définir ce que j’aimais et ce que je pensais. C’est un drôle de processus. Pendant cette période, de nombreux artistes m’ont envoyé des titres et j’ai fini par avoir un grand nombre de chansons en attente sur mon disque dur.

Comment définirais-tu ce projet à des gens qui ne connaissent pas ta musique ?

C’est un mélange de jazz, d’électro et de hip hop. Ecoutez le !

Avec qui as-tu travaillé ?

J’ai produit le titre « Mgani Wami » en featuring avec Moonchild. On l’a enregistré dans un entrepôt à Johannesbourg et on ressent bien cette ambiance. J’ai aussi collaboré avec le producteur américain Synesthetic, qui m’a envoyé de nombreux beats. Il a notamment composé « Do It For You » et « Boss Bitch ». EW, de Pologne, et Ameen, de Cape Town, ont aussi produit plusieurs morceaux.

Certains de tes titres, notamment « Kangaroo », font penser à Missy Elliott…

Si mon son peut avoir la même énergie, je suis ravie ! J’adore sa musique, elle est dingue et imaginative. J’ai envie que mes morceaux passent aussi en club, donc la comparaison est cool.

Pourquoi le titre « Jet Lag » (= décalage horaire) ?

Parce que j’ai beaucoup voyagé et j’ai écrit la plupart des titres dans l’avion. Aussi, « Jet Lag » parle de changement et du fait de ne pas toujours réussir à s’y adapter. Je me suis dit que j’étais une jet-setteuse qui s’était retrouvée confrontée à un changement de statut, de star de la pop à rappeuse qui ne veut pas être une poupée. J’aime la pop et ne vais pas cracher dessus, mais tu ne peux pas être coincée dans un certain style et interdite d’explorer un autre espace. J’avais 21 ans à l’époque et j’ai 27 ans maintenant, j’ai grandi.

Il y a deux ans, tu as quitté l’Afrique du Sud pour t’installer à Londres. Pourquoi ce choix ?

J’avais besoin d’une pause. Je suis partie d’Afrique du Sud pour tenter une expérience nouvelle et me redécouvrir. J’ai mis toutes mes affaires dans un box à Cape Town et j’ai déménagé. J’y retourne régulièrement, mais je pense que partir est la meilleure chose qui me soit arrivée. Au début, c’était difficile parce que tout était différent. Je n’habitais plus au bord de la mer, j’ai même perdu mon teint ! Je comprends le concept de bronzage maintenant ! Mais je n’ai aucun regret. C’est tellement beau d’explorer et de ne pas trop se prendre au sérieux.

Quelles différences perçois-tu entre la scène hip hop au féminin en Afrique du Sud et au Royaume-Uni ?

Au Royaume-Uni, même si cette scène n’est pas énorme, il se passe des choses, avec des artistes comme Lady Leshurr ou Little Simz. Mais en Afrique de Sud, il y a très peu de femmes capables de remplir une salle de concerts. C’est un milieu très largement dominé par les hommes. J’ai l’impression qu’au Royaume-Uni, c’est une question de talent alors qu’en Afrique du Sud les filles doivent faire les potiches pour attirer l’attention. Les femmes avec lesquelles je travaille ne sont pas ce type de filles. Elles n’essaient pas de démontrer quoi que ce soit. Elles sont juste douées et font leur truc, mais il leur manque une plateforme pour s’exprimer. Là-bas, tu te fais juger avant même que tu aies pu montrer ce que tu valais. Par exemple on te dit : « Pourquoi tu ressembles à un mec ? » Je n’ai pas envie qu’on me pose des questions sur mon apparence et ma sexualité. C’est vraiment dur d’être une femme en Afrique. Je me sens plus en sécurité au Royaume-Uni. Je peux être moi-même.

Nous t’avions interviewée en juin 2016, quand tu venais de lancer Klutch Kollective, premier groupe de rap féminin en Afrique du Sud. Où en est ce projet aujourd’hui ?

On a travaillé sur un EP et j’ai produit des titres pour elles. Elles sont incroyables. Elles ont travaillé avec des artistes américains et enregistré des morceaux de ouf, que vous entendrez cette année si tout va bien !

Quels sont tes projets à venir ?

La mixtape a reçu un très bel accueil, ça me fait super plaisir. Sinon, je travaille sur mon album. Je suis venue à Paris pour enregistrer un titre avec KillASon. On a déjà beaucoup discuté mais je suis impatiente de le rencontrer !

Retrouvez Toya Delazy sur son siteFacebookTwitter et Instagram

Photos 1, 3 et 4 © Titim Titima avec KillASon © Instagram Toya Delazy

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