Interview – Paradise Sorouri : « La place des femmes a évolué en Afghanistan, notamment grâce au hip hop »

Paradise Sorouri est la première rappeuse originaire d’Afghanistan. Elle raconte à Madame Rap comment elle a fondé le duo hip hop 143Band avec Diverse et son combat pour l’égalité femmes/hommes et la liberté d’expression. 

Comment as-tu découvert le hip hop et comment avez-vous fondé 143Band avec Diverse?

Diverse et moi avons chacun découvert le hip hop dans les annés 2000, à l’adolescence, quand nous vivions en Iran. On écoutait surtout 2Pac, Eminem, Jay Z, Kanye West, Black Eyed Peas, et plein d’autres super artistes.

L’Iran connaissait une révolution hip hop à l’époque. Quand on s’est rencontré à Herat en Afghanistan en août 2008, on a fondé le duo 143Band. C’était très difficile de lancer ce projet dans une ville aussi religieuse que Herat, mais nous avons réussi à avoir notre home studio, même s’il était de mauvaise qualité. Nous avions très peu d’équipement et de connaissances, mais c’était mieux que d’aller dans d’autres studios qui nous exposaient au danger.

Vous vivez aujourd’hui à Berlin. Pourquoi avez-vous quitté l’Afghanistan ?  

Nous vivons à Berlin depuis environ un an et demi. Nous avons reçu de nombreuses menaces en Afghanistan et nous avons été agressés par des inconnus dans la rue. Des chaînes de télévision religieuses critiquaient notre travail et certains intégristes ont commencé à nous attaquer. Nous vivions sans aucune protection et avec le risque de se faire tuer à chaque instant. Afin de continuer à nous battre pour l’égalité entre les femmes et les hommes et l’humanité, nous avons décidé de nous installer en Allemagne et de continuer le combat plus que jamais.

A quoi ressemble la scène hip hop féminine à Kaboul ? Les rappeuses y sont-elles nombreuses ?

En 2010, Diverse a eu l’idée de sortir la première chanson de rap interprétée par une femme (moi) en Afghanistan. A l’époque, c’était très mal vu, même si aujourd’hui les choses ont changé. C’est très difficile pour les femmes de chanter et de rapper mais nous sommes ravis de voir de plus en plus de femmes sur cette scène.

Au début, on acceptait de jouer devant 10 personnes, juste pour promouvoir le hip hop en Afghanistan. Mais depuis quelques temps, certains concerts ramènent de milliers de personnes. Et le nombre de rappeuses augmente chaque jour.

Tu es la première rappeuse afghane. Comment es-tu perçue en tant que femme artiste et comment les gens réagissent à ta musique dans ton pays ?

Quand nous avons sorti notre premier titre en 2010, nous avons reçu beaucoup de retours positifs de la part de notre famille et de notre entourage. Nous avons décidé de le mettre en ligne et il est devenu viral. Nous avons aussi reçu des retours positifs d’un point de vue international et bien sûr des retours négatifs de la société afghane. Pourtant, l’énergie positive était plus forte et nous avons décidé de sortir notre deuxième titre, « Nalestan« , dédié à la lutte contre les violences faites aux femmes. Nous avons demandé à de nombreux médias de nous soutenir, mais ils ont refusé ! Facebook et YouTube sont nos meilleurs alliés depuis le début.

De quoi parlent vos chansons ? Et en quoi le rap est-il un outil politique à vos yeux ?

Nos morceaux parlent principalement de la lutte contre les violences faites aux femmes, d’égalité femmes/hommes et de la lutte contre les mariages précoces, le droit à l’éducation, les droits des enfants, et surtout de répandre l’amour à travers le monde.

Comme le rap est un mode d’expression direct de notre société, il est facilement compréhensible de la part de gens lambda et peut assurément être un outil de changement et de révolution. La place des femmes a beaucoup évolué en Afghanistan, et c’est notamment grâce au hip hop.

Te définis-tu comme féministe ? Pourquoi ?

Je me définis comme féministe et j’ai déjà participé à de nombreux événements, rassemblements ou concerts sur le sujet. Mais avec Diverse, nous utilisons un autre terme qui est le « couplisme ». C’est beaucoup plus facile de changer les mentalités et les mauvais comportements des hommes que d’encourager les femmes à se battre pour leurs droits. Les violences faites aux femmes concernent aussi les hommes et ne sont pas seulement un problème féminin. Nous sommes ensemble pour sauver l’humanité et propager l’amour. Alors, le couplisme semble être une meilleure idée et nous travaillons très dur à le promouvoir partout.

Qu’écoutez-vous en ce moment ?

Ces derniers temps, on se concentre sur la sortie d’un album et d’un EP. Donc nous écoutons surtout notre musique afin de terminer ces projets le plus rapidement possible en 2017. C’est très difficile mais nous allons y arriver.

De quoi parlent ces projets ?

Pour le moment, le EP comporte 2 titres, l’un qui traite du problème des réfugiés et l’autre de l’idée de « faire l’amour et pas la guerre ». Sur notre album, nous travaillons sur plusieurs morceaux qui parlent d’humanité, d’égalité femmes/hommes et d’amour !

Que pensez-vous de Madame Rap ? Des choses à changer/améliorer ?

Madame Rap est déjà une super plateforme pour les hip hopeuses ! Mais organiser un grand événement qui rassemble des artistes féminines serait un moyen de favoriser de nouvelles collaborations entre artistes. On vous souhaite beaucoup de succès pour l’avenir !

Retrouvez 132Band sur Facebookleur siteYouTube et Soundcloud.

Éloïse Bouton

Read the interview in English here.

Photo 1 ©Delphine Renou

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