Interview – Emilie Chick : « Une artiste n’a pas le droit d’être trop complexe »

Tu mêles différentes sonorités dans ta musique : hiphop, soul, pop, électro, jazz… Quand et comment as-tu découvert le rap ?

Je crois que les premiers sons « rappés » que j’ai entendus c’était dans « Sesame Street » une émission pour enfants aux US , donc j’étais petite… Dans les années 1980 : ) Sinon la première grosse claque c’est Public Enemy en 1993, un pote m’a passé une cassette avec ça et du NWA, des trucs bien énervés … Ca m’a plu tout de suite et m’a ouvert à plein d’autres choses.

Tu travailles actuellement sur de nouveaux titres hip hop en featuring avec Sameer Ahmad. Pourquoi cette envie de rap ?

Le hip hop représente beaucoup de mes influences musicales donc sera toujours quelque part dans ce que je fais… Mais on me sollicite ( j’espère !) parce que je m’adapte à plein de styles différents.

En quoi tes origines américaines influent-elles sur ta musique ?

En tout ! Je suis née à Portland dans l’Oregon d’un père américain et d’une mère française. C’est clair que, entre les comédies musicales qu’engloutissaient ma mère et toute la musique qu’écoutait mon père, je ne peux pas nier l’importance de mes origines dans la musique. Je suis retournée aux Etats-Unis en 1999, à Los Angeles cette fois, pour me frotter au public américain car en France j’avais l’impression que c’était trop facile d’épater les gens à cause de mes origines justement. Je me disais, là-bas, je suis dans le berceau de la musique que je veux faire, il va falloir bosser beaucoup plus pour les impressionner, mais finalement avec du recul, les Français sont tout aussi exigeants !

En France, les artistes féminines hip hop sont peu médiatisées. Pourquoi d’après toi ?

Le hip hop féminin n’est pas vendeur dans la tête des décideuRs. Je crois que les artistes féminines doivent encore rentrer dans des cases pour qu’on les repère : la hyper-féminine, la sexy, la bargeot de service, la hyper vénère très masculine… Mais une artiste n’a pas le droit d’être tout ça en même temps, d’être trop complexe. Si elle est trop complexe, ça ne prend pas, malheureusement…

Quels sont tes role models féminins ?

Björk, c’est une artiste entière, engagée, évolutive et qui m’a profondément influencée. Patti Smith, poète, artiste tenace, grave et légère à la fois, elle me fascine. Madonna (jusqu’à une certaine époque ) qui a, quoi qu’on en dise, brisé quelques tabous et plus jeune j’étais une fan absolue. Et Lauryn Hill, parce qu’elle a écrit des pans entiers de ma vie. Elle est complexe, elle se bat avec l’industrie du disque, a fait face à beaucoup de critiques mais elle est toujours là. Still Queen of hip hop?

Te considères-tu féministe ? Pourquoi ?

Oui, bien-sûr ! Malgré tout les débats sur la définition du féminisme, on ne peut pas nier l’inégalité, le manque de représentation, le dénigrement des femmes en 2016… Et ce n’est jamais , jamais gagné – si on n’est pas sur le qui-vive chaque petite avancée peut être perdue… Et il faut maintenir la pression, plus de décideuSES dans ce monde de brutes !

Qu’écoutes-tu en ce moment ?

En ce moment j’écoute de vieux albums de Stevie Wonder (Innervisions, Fulfillingness’First Finale) du K-Flay, pas son dernier EP, j’aime moins mais je kiffe toujours « I stopped caring in 96 » Elle mérite largement plus de médiatisation ! Et le premier album de Sameer Ahmad ( donc pas que du ricain, hein !) Perdants Magnifiques – les prods sont superbes, les textes aussi…

Quels sont tes projets à venir ?

Deux featurings sur le nouvel EP de Sameer Ahmaad justement ! Je travaille avec plusieurs artistes d’un label anglais de house et sur un nouveau projet perso que je mets en place, qui sortira sur le label Unicum Music. A suivre…

Que penses-tu de Madame Rap ? Des choses à changer/améliorer ?

C’est vraiment excellent de mettre en avant des femmes dans le hip hop, c’est même nécessaire! J’ai vu que vous aviez organisé un open mic réservé aux rappeuses à La Mutinerie, j’espère qu’il y en aura d’autres ! Ce qui serait sympa aussi, c’est d’organiser un cypher, voire plusieurs, c’est moins cher qu’un clip et ça fait découvrir les rappeuses dans un contexte de live qui exalte leur flow. En tout cas, gros respect et longue vie à Madame Rap !

Retrouvez Emilie Chick sur Facebook, Soundcloud, Twitter et son blog.

Éloïse Bouton

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