INTERVIEW – Dee MC : « Les femmes sont toujours discriminées dans la majeure partie de l’Inde »

Tu as commencé à faire de la scène à l’âge de 5 ans. Quelle a été a première rencontre avec le hip hop ?

J’ai commencé le bharata natyam (forme de danse classique indienne) quand j’avais 5 ans. J’ai commencé à écouter du hip hop quand j’étais au collège, vers la quatrième.

Tu racontes que si tu n’étais pas devenue rappeuse, tu aurais essayé d’être B-girl professionnelle. En quoi la danse est-elle importante dans tes performances aujourd’hui ?

En tant que rappeuse, la danse n’est pas très importante parce que tout le monde n’est pas capable d’en faire. Mais j’ai l’intention d’en incorporer à mes performances futures.

A quoi ressemble la scène hip hop à Bombay ? Les rappeuses sont-elles nombreuses ?

La scène hip hop de Bombay est en plein boom actuellement. Elle connaît un essor évident mais malheureusement, les femmes y sont toujours très peu nombreuses dans tout le pays. Si on comptait toutes les rappeuses actives en ce moment, on arriverait à un chiffre inférieur à 15 ou 20.

Travailles-tu avec d’autres artistes/producteurs ou un label ?

Je travaille avec des artistes indépendants et des producteurs selon les projets. La plupart du temps, je collabore avec des producteurs de différents genres en Inde ainsi que des chanteurs et des rappeurs.

Quelles sont les femmes qui t’inspirent ?

Toute femme qui croit en elle et qui a une devise dans la vie m’inspire. Nous vivons toutes avec des chaînes imaginaires aux pieds et aux mains qui nous expliquent pourquoi nous ne pouvons pas réussir à accomplir quoi que ce soit à cause de notre genre. Toute femme suffisamment forte pour briser ces chaînes est une source d’inspiration.

Ton morceau « Deeva » parle d’inégalités et de sexisme. Que penses-tu de la condition des femmes en Inde ?

Je crois que le gens ne se rendent pas compte que les femmes sont toujours discriminées dans la majeure partie de l’Inde. Parler de discrimination est un moyen de minimiser ce qui se passe vraiment dans l’Inde rurale. Il y a vraiment beaucoup de choses à améliorer, même dans les zones urbaines, où le sexisme et les inégalités existent de manière indirecte, quand elles ne sont pas visibles au grand jour.

Te définis-tu comme féministe ? Pourquoi ?

Je me définis comme féministe, simplement parce que je refuse les stéréotypes et la stratégie de représentation de la société en général. Surtout dans un pays comme l’Inde où les inégalités commencent à la maison la plupart du temps (de manière subjective). Quand tu n’es pas respectée et reconnue chez toi, comment attendre autre chose de la société ? Le fait de me battre pour moi et les femmes que je côtoie est une forme de féminisme à mes yeux.

Qu’écoutes-tu en ce moment ?

J’écoute les albums de Chiddy Bang, Jhene Aiko et Angel Haze.

Quels sont tes projets à venir ?

Cette année, je vais travailler sur mon album et en parallèle, j’espère sortir un clip par mois.

Que penses-tu de Madame Rap ? Des choses à modifier/améliorer ?

Je pense que c’est merveilleux d’offrir une plateforme à des femmes artistes du monde entier comme moi. Si vous pouvez organiser des collaborations internationales entre rappeuses, ce serait génial !

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Éloïse Bouton

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