INTERVIEW – Nina Dioz: « Les temps sont encore durs pour les femmes au Mexique »

Quand et comment as-tu décidé de devenir rappeuse ?

J’avais une amie d’enfance qui adorait le hip hop. On écoutait les Fugees et TLC ensemble quand on avait 8 ou 9 ans. Quand j’ai découvert qu’il y avait d’autres femmes dans le milieu, je rêvais de devenir rappeuse. Mais quand j’ai entendu du rap en espagnol, c’est là que ça m’a scotchée. Je ne savais pas qu’il existait des rappeurs dans ma ville natale qui marchaient très bien. Control Machete a été une grande inspiration mais leur carrière a été brève et ils se sont séparés après deux albums, ce qui a fait émerger de nombreux mouvements underground à Monterrey.

Plus tard, à l’âge de 17 ou 18 ans, j’ai discuté avec quelques personnes lors d’un forum hip hop et on s’est retrouvé pour enregistrer des titres ensemble. C’était ma première fois et ils ont été très impressionnés. Après cela, c’est devenu une passion.

Tu viens de Monterrey au Mexique. A quoi ressemble la scène hip hop féminine là-bas ?

Je connais des meufs qui font des trucs cool comme Chulas Artes, mais je ne vis plus à Monterrey depuis huit ans alors je suis un peu déconnectée de cette scène underground dont je faisais partie autrefois. Mais je sais qu’il existe de nombreuses autres rappeuses très talentueuses partout au Mexique. Ca prend beaucoup d’ampleur ces derniers temps.

Que penses-tu de la situation actuelle des femmes au Mexique ?

Les temps sont encore durs pour les femmes au Mexique et partout ailleurs dans le monde. Il y a beaucoup de machisme et de gens qui pensent que les femmes ne devraient pas rapper parce qu’elles en sont incapables. Bien que je leur ai donné tort à plusieurs reprises, je reçois toujours des attaques de nombreux haters masculins sur internet. Mais ce machisme est présent partout. Des femmes se font tuer et agresser tous les jours et notre gouvernement ne fait pas grand-chose à ce sujet. C’est tellement triste que notre gouvernement soit aussi corrompu.

Ton dernier EP  « Libre » est très politique. En quoi est-ce important pour toi de parler de problèmes sociétaux tels que les violences policières et la liberté d’expression ?

Je ne l’ai pas choisi. Je rappe toujours à propos de mon environnement et de ma culture. Il y a des moments où je sens que je peux célébrer la vie plus que d’autres. Je pense que le pouvoir du micro est très important. Nous disposons de cet outil très puissant et nous devons parler de ce qui se passe autour de nous. Les violences policières sont très graves au Mexique et en Amérique alors j’ai décidé de parler de ce sujet que très peu de rappeurs osent aborder dans leurs paroles. Les étudiants et les gens ont le droit d’exprimer leur avis et de manifester si nécessaire sans risquer de se faire tuer par la police ou le gouvernement.

Quelle est l’histoire du titre « Alquimista » ?

J’ai été inspirée par le livre L’Alchimiste de Paulo Cohelo, bien que je l’ai lu quand j’étais petite, et par l’idée de rechercher du banal pour le transformer en or et en quelque chose de précieux. Ca m’a attiré. Pour moi, mon art se résume à ça. La source est ma douleur et mon combat et je les transforme en quelque chose de beau pour moi et les autres, je trouve cela incroyable. C’est quelque chose que je ne peux toujours pas expliquer, je puise juste mon inspiration dans une source supérieure ou divine.

Te définis-tu comme féministe ? Pourquoi ?

Je me considère comme pro femmes. J’encourage le pouvoir féminin et aborde ce thème dans de nombreuses chansons. Et si c’est ça le féminisme, alors je le suis peut-être, mais je ne suis assurément pas le type de féministe qui ne s’épile pas et pense que tous les hommes sont stupides.

Qui sont tes modèles féminins et pourquoi ?

Je trouve que Frida Kahlo et Maria Felix déchirent. Elles étaient fières de leurs racines, belles et très talentueuses. Quand on voit tout ce qu’a traversé Frida Kahlo et la manière dont elle a continué à faire de l’art, je pense que c’est elle la véritable alchimiste.

Qu’écoutes-tu en ce moment ?

J’écoute beaucoup Kendrick Lamar. J’adore aussi J Cole, Logic, Run the Jewels… J’ai beaucoup aimé la dernière mixtape de Lil’ Mama et Missy Elliott défonce toujours tout.

Quels sont tes projets à venir ?

Je viens de sortir un nouvel EP que vous pouvez télécharger gratuitement ici.

Que penses-tu de Madame Rap ? Des choses à changer/améliorer ?

Je trouve ça génial d’avoir créé cet espace pour nous, merci beaucoup !

Retrouvez Nina Dioz sur Bandcamp, Soundcloud et Facebook.

Éloïse Bouton

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