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Meryem Saci : « Être au Canada m’a rapproché de mes racines algériennes »

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Rappeuse et chanteuse basée Montréal, Meryem Saci a fui la guerre civile en Algérie et s’est installée au Québec en 2000. Elle nous parle de ses premiers pas dans le rap à la fin des années 2010, de son nouvel EP All In et de son « afro-Arabian soul ». 

Quand et comment as-tu découvert la culture hip hop pour la première fois ?

À l’âge de 6 ou 7 ans, à travers les chansons R&B et pop de l’époque, comme des titres de Mariah Carey, où il y avait des rappeurs en featuring. Et ensuite, j’ai découvert le rap algérien. J’ai grandi pendant la guerre civile donc c’était underground et censuré (et il n’y avait pas internet), mais on arrivait à se faire passer des sons sur des cassettes et à découvrir des rappeurs locaux.

Quand et comment as-tu commencé à rapper ?

J’ai essayé mes premiers couplets en 2008, mais je n’avais pas vraiment pas la confiance pour devenir rappeuse. Ça a pris du temps. J’ai tâté le terrain entre 2008 et 2010 et j’ai commencé officiellement en 2011 sur le titre Average Type de The Narcicyst.

As-tu commencé le chant et le rap en même temps ou à des moments différents ?

J’ai commencé à chanter très tôt avant même de savoir ce qu’était le rap. La blague, c’est que je chantais avant de parler. J’avais tendance à répéter tout ce que j’entendais. Très jeune, je demandais à ma mère si je pouvais chanter avant de dormir donc j’étais ma propre berceuse. Le rap est venu beaucoup plus tard et la chanson restera toujours mon focus premier.

Tu chantes et rappes en anglais. Pourquoi ce choix ?

C’est l’environnement dans lequel je baigne le plus. J’évolue dans un monde anglophone depuis que je suis arrivée au Québec en 2000. Ça m’a pris deux ou trois ans pour maîtriser la langue et après, les premiers crews de rappeurs avec lesquels je faisais de la musique étaient tous anglophones.

Aussi, mes références étaient majoritairement américaines. J’avais toujours voulu écrire en anglais et j’avais plus d’affinités avec la langue du fait de mon style.

Plus tard, j’ai découvert que ce n’était pas mal non plus en français et en arabe, et je me suis mis à développer une écriture dans ces langues. L’anglais a quand même pris le dessus. C’est ma troisième langue qui est devenue ma première langue.

Tu viens de sortir le clip Demons, qui est le troisième single de ton nouvel EP All In. Peux-tu nous en dire plus sur ce projet ?

Le projet est sorti pendant le confinement. En tant qu’indépendante, je fais majoritairement tout toute seule en coulisse. C’est un EP de 6 chansons. Je l’ai dirigé vers l’univers sonore que j’essaie de construire au fil de mon évolution pour réunir les mondes qui m’influencent, c’est-à-dire la musique européenne de l’ouest et le folklore nord-africain. C’est ce que j’appelle de l’« afro-Arabian soul » avec un métissage trap, old school, R&B 90s, hip hop et de la fusion avec des percussions de type darbouka. Les thèmes abordés vont du micro ou macro : je parle de mes perspectives, mes expériences, ce que j’ai traversé, comment j’ai grandi et comment je commence à apprendre à avoir plus confiance en mon intuition, et à comprendre ce que veut vraiment dire l’amour, pour soi et pour les autres.

Tu as fui la guerre civile en Algérie et as émigré au Québec en 2000. Comment as-tu vécu cet épisode ? Et quels liens as-tu avec l’Algérie aujourd’hui ?

Je suis arrivée au Canada en juillet 2000 et ça a complétement influencé mon expérience musicale et créative. Ça m’a rapproché des sources de soul, hip hop, R&B et reggae, que je kiffais en Algérie. Paradoxalement, je me suis beaucoup plus penchée sur la culture nord-africaine, peut-être par nostalgie. Sur la musique d’Algérie, du Maroc, d’Égypte mais aussi du Sénégal et du Mali, où j’ai découvert beaucoup de similarités dans les rythmes. Être au Canada m’a rapproché de mes racines.

Aujourd’hui, ma relation avec l’Algérie est difficile à expliquer avec des mots. L’Algérie est en moi, je suis algérienne mais je suis aussi quelqu’un qui n’a pas vraiment d’étiquette et ne peux pas s’identifier à une case, en raison de mes expériences, de ce que la vie m’a offert comme leçon et de ma croissance personnelle.

Je me sens comme une citoyenne du monde plus qu’autre chose, mais le cœur et la racine restent algériens à 100 %. L’Algérie est dans mon cœur, dans mon sang, dans ma nostalgie au niveau de mon univers sonore, mais ne dicte pas ma direction musicale. J’essaie de repartir plus souvent en Algérie et j’aimerais aussi m’établir musicalement, voir si ma musique peut connecter avec des compatriotes.

Quelles sont les femmes qui t’inspirent ?

Ma mère, pour sa résilience et son intégrité. Maya Angelou. Li Zki, aussi. Peut-être qu’elle n’est pas super connue. C’est une femme que j’ai découverte sur internet, qui habite en Chine à la campagne et qui vit en totale autonomie dans la nature. C’est super inspirant à voir et très relaxant. Je trouve qu’il y a une belle grâce à avoir autant de force et de vulnérabilité. Sinon, il y a la chanteuse Buika que j’adore et qui m’inspire beaucoup.

Te définis-tu comme féministe ? Si oui, comment définirais-tu ton propre féminisme ?

J’aurais du mal à dire que je me définis comme quoi que ce soit parce que je trouve que les mouvements en « isme » ou « iste » reflètent juste un récit d’un combat qui est très complexe. Mais je pense qu’à la base, toute femme est féministe. C’est le concept de base de se battre pour le droit d’exister, d’être respectée, d’avoir le droit de dignité et le droit d’accès. Ça revient à être humaniste et universaliste, d’être pour la paix, pour l’amour et la coopération. Je trouve que tout le monde devrait être comme ça.

Quels sont tes projets à venir ?

Je travaille sur un autre projet mais je ne peux pas donner trop de détails ! Avec le coronavirus, tous mes concerts ont été annulés. La vie des arts et des cultures est mise en pause et c’est très dur de savoir ce qui vient après en termes de dates, mais je continue de travailler, de créer et de composer. J’essaie de trouver de nouvelles façons de vivre en ligne, de me familiariser et d’apprivoiser un peu plus le monde digital, avec plus de live et d’utiliser ma créativité sur d’autres choses que l’écriture et l’enregistrement. Je pense aussi que je vais faire une mixtape dans peu de temps ! En 2020, c’est sûr.

Que penses-tu de Madame rap ? Des choses à changer/améliorer ?

Je trouve que Madame Rap est un super concept et une super initiative. C’est Madame Rap qui m’a découverte et pas moi qui ai découvert Madame Rap, vu que je suis à Montréal. Ça m’a fait chaud au cœur en tant qu’artiste de voir qu’il y avait carrément un site pour les femmes dans le rap. Après je ne vais pas mentir, je ne connais pas assez pour critiquer ou proposer des améliorations ! J’espère juste que ça grandisse et que ça continue à donner de la voix à des artistes qui sont peu connues.

Retrouvez Meryem Saci sur son siteFacebookYouTubeInstagramSoundcloud et Twitter.

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