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MCM : « Mon féminisme passe en partie par mon rap »

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Figure majeure du rap indépendant au Québec, la rappeuse MCM (Marie-Chantale Mercure) nous parle de sa vocation précoce pour le rap, de son dernier titre avec Fanny Polly et de son féminisme. 

Quand et comment as-tu découvert la culture hip hop ?

Je l’ai découverte très jeune, vers 4 ans, par l’influence de ma mère qui écoutait les Fugees. Je m’en souviens très bien car Lauryn Hill m’a beaucoup marquée. Mais ce n’est qu’un peu plus tard que je suis vraiment entrée dans la culture hip hop grâce à mon grand frère et ma grande sœur que je remercie aujourd’hui. J’ai traversé de dures périodes avec la musique et ça m’a vraiment forgée comme personne. J’avais 8 ans la première fois que j’ai entendu du rap québécois, c’était le groupe 83. Je connaissais les paroles par cœur et je savais très bien ce que je voulais faire plus tard….du rap.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de rapper ?

J’ai toujours eu envie de faire de la musique. Déjà, pendant mon enfance, je voulais être chanteuse. Je faisais tous les spectacles que je pouvais et j’étais dans deux chorales dont celle de l’église. Mais quand j’ai découvert le rap, j’ai su que c’était ce que je voulais faire. Mon frère écrivait déjà et je l’enregistrais sur cassette. Mais ce n’est qu’à 14 ans que j’ai osé enregistrer mes premiers morceaux avec les rappeurs locaux de la ville où j’ai grandi, Chibougamau. J’ai fait mon premier spectacle en tant que MCM dans la ville de Québec à 15 ans et c’est à ce moment que j’ai eu envie de m’investir complètement. J’ai commencé à prendre la musique plus au sérieux et j’ai déménagé quelques mois plus tard dans la basse-ville de Québec pour enregistrer ma première mixtape.

Comment définirais-tu ta musique ?

Je dirais qu’elle est dure à définir. J’ai l’impression de faire les choses différemment sur chaque projet … Par exemple, sur Bonnie and Clyde, c’est assez « hardcore », tandis que sur mon projet La Niña, il y a des morceaux très doux…. Mais en général, ma musique est sombre.
 

Tu viens de sortir le clip Middle Finger avec Fanny Polly. Comment vous êtes-vous rencontrées et comment s’est passée votre collaboration ?

C’est une des collaborations que j’ai beaucoup aimé faire dans ma carrière et qui m’a fait connaître une femme super. Puisqu’à la base on ne se connaissait pas personnellement. Je travaille actuellement sur un album qui réunit des artistes talentueux de partout dans le monde et je voulais inviter Fanny Polly que j’ai découverte dans un Rentre dans le cercle de Fianso. Petite anecdote, elle m’avait remarquée elle aussi dans le Rentre dans le cercle canadien… Donc tout s’est fait très naturellement. Quand je l’ai contactée pour participer au projet, elle m’a dit qu’elle serait de passage au Québec bientôt et j’ai sauté sur l’occasion. En octobre 2019, elle est passée à notre studio, Essentiel Productions. Nous avons enregistré sa partie et tourné le vidéoclip la même journée. 

Les collaborations entre rappeuses sont rares. Pourquoi d’après toi ?

Honnêtement je ne sais pas, mais je sais par contre que dans mon cercle rapproché il n’y a pas d’autre rappeuse, donc c’est peut-être pourquoi c’est plus rare. Il n’y a pas encore de parité dans les festivals donc on se côtoie moins… Tu vois, déjà sur mes deux premiers albums, je tenais à avoir des « girls » en collaborations, mais je n’en connaissais pas personnellement tandis que les « boys » sur mes albums sont des proches. Moi, c’est dernièrement que j’ai connu plus de femmes dans le milieu, quand j’ai commencé à me déplacer à Montréal et à travers le monde dans des évènements mettant en vedette les femmes qui font du rap. C’est là que je me suis sentie vraiment concernée. J’avais trouvé ma place. C’était à Dakar au Urban Women Week que j’ai fait mon premier concert du genre. Ensuite, j’ai participé à d’autres évènements chez moi et ailleurs dont le Femcees Fest en France et la Belle Hip Hop en Belgique qui a eu lieu en mars dernier. J’ai rencontré beaucoup de femmes qui sont devenues des sœurs pour moi et ça fait du bien de trouver enfin des personnes qui nous ressemblent.

Vu de France, on a l’impression que les rappeuses sont très actives sur la scène québécoise. Est-ce le cas ? Quelles difficultés rencontrent-elles ?

Je crois que vu d’ailleurs, l’herbe semble toujours plus verte. On a la même impression vu d’ici sur les rappeuses en France, mais au fond nous avons les mêmes difficultés. Les festivals amènent quelques femmes, mais beaucoup sont laissées de côté. De plus, les rappeuses sont très actives en ce moment, mais les médias pas toujours réactifs à ce que l’on fait. On est toujours dans ce mode de vouloir être LA rappeuse, car les contrats sont peu nombreux. Je trouve qu’on pourrait avoir plus de place dans l’industrie c’est en train d’arriver, selon moi. Je sens vraiment qu’il y a un mouvement collectif avec les femmes qui sont dans le milieu hip hop… Plus nombreuses, plus actives et surtout elles se serrent les coudes. Je l’ai toujours dit et je ne suis pas la seule, on est plus fortes à plusieurs!

Qui sont tes rôles modèles ?

Je dirais que mes modèles changent en fonction du temps. À un moment, je m’identifiais beaucoup à Diam’s et ça reste le modèle de beaucoup de rappeuses de mon âge je crois. Mais actuellement, je m’identifie à ce que font Chilla, Sofiane, Doria, Snow Tha Product et plusieurs autres. Il y a eu aussi Yncomprize qui était active quand j’étais adolescente et qui a fait grandir cette envie de prendre le mic.

Te définis-tu comme féministe ? Si oui, comment définirais-tu ton propre féminisme ?

Totalement et je le suis encore plus depuis que je suis devenue maman d’une petite fille. Mon féminisme passe en partie par mon rap. À une époque quand j’ai commencé, je ressentais le besoin de crier que je pouvais le faire…maintenant c’est juste naturel. Mon premier album s’intitule Militante et c’est vraiment là-dessus que je me suis construite. J’ai appris à me faire confiance, m’assumer et à me respecter à travers la musique. Par la suite, j’ai regardé autour de moi, j’ai voyagé et j’ai compris qu’il restait beaucoup de chemin à faire pour nous… Donc à travers toutes ces expériences et cet apprentissage, j’essaie de passer un message dans mes textes. Je pense que le féminisme commence par le respect. Supporter nos sœurs, respecter les femmes et faire ce qui nous plait. Donc oui, je suis féministe.

Quels sont tes projets à venir ?

Et bien j’en ai parlé un peu déjà, mais je suis en préparation de mon 3e album solo prévu pour le printemps-été 2020. Le projet sera en collaboration avec une majorité d’artistes féminines de partout dans le monde ainsi que quelques hommes. C’est un projet qui me tient énormément à cœur et je suis impatiente de le présenter. Et sinon, j’avais plusieurs spectacles de prévu qui sont annulés ou reportés en raison du Covid-19. Donc en ce moment, on se consacre à la production et la famille!

Que penses-tu de Madame Rap ? Des choses à changer/améliorer ?

J’ai découvert beaucoup d’artistes grâce à Madame Rap. J’ai beaucoup d’amour pour ton travail. Bravo et merci pour ce que tu fais !!

Retrouvez MCM sur FacebookInstagram et Bandcamp.

© Stecie April

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