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Ekloz : « Si on commence à s’imposer des règles, c’est compliqué de créer »

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Originaire de Sète et basée à Montpellier, la rappeuse Ekloz s’est fait remarquer au Demi Festival l’été dernier. L’artiste de 20 ans nous a parlé de son parcours dans le rap, de son premier projet Dimension qui sort le 13 décembre et de son aversion pour les étiquettes.

Quand et comment as-tu découvert le hip hop ?

Quand j’étais petite, j’avais demandé l’album de Diam’s à Noël. Après, à l’âge de 15 ans, j’ai fait une section artistique au lycée parce que je faisais de la danse et j’avais des potes qui rappaient. Je trouvais ça trop cool et j’ai eu envie de rapper avec eux donc j’ai commencé à écrire.

Quel·le·s sont les artistes qui t’ont inspirée ?

Le rap indé local m’a beaucoup attirée. J’ai été amenée à aller dans des concerts ou des événements. Mais aussi Keny Arkana, la Bastard Prod et Diam’s forcément. Sinon, j’écoutais ce que mes parents écoutaient à la maison : les Beatles, Aretha Franklin, les Clash…

« Je fais ce qui se fait en ce moment, mais avec du texte. »

Comment définirais-tu ta musique ?

Je n’aime pas du tout les cases et les étiquettes.  En général, quand on me demande, je dis que je fais ce qui se fait en ce moment, mais avec du texte.  

Tu trouves qu’aujourd’hui le texte est passé au second plan ? 

Carrément. Même dans l’indé. Quand tu creuses un peu, je trouve c’est beaucoup moins riche qu’il y a quelques années.

Comment écris-tu tes morceaux ?

Ça dépend. Je sors d’une résidence d’une semaine et j’ai découvert d’autres processus de création. Avant, quand je finissais un morceau, j’avais tendance à me dire « après ça, je ne pourrais rien faire d’autre. » Là, j’ai découvert que je pouvais produire beaucoup et que ça ne s’arrêtait pas là. Je m’autorise à me focaliser sur certaines choses selon mon humeur. Il n’y a pas de règles et si on commence à s’en imposer, c’est compliqué de créer. Sinon, je bosse avec le producteur Toffi depuis un an, c’est lui qui a entièrement produit mon prochain projet.

On t’a vu au Demi-Festival cet été. Comment s’est passée ta rencontre avec Demi Portion ?

Le Demi Festival, c’est un peu la famille à la maison. Je suis de Sète comme Demi Portion et tout le monde se connaît. Il y a deux ans, un ami de ma famille nous a présenté backstage pendant le festival. Demi P m’a dit : « si tu arrives à te glisser sur scène à la fin, je te donne le micro ». J’ai escaladé les barrières et je suis montée sur scène !

« Le but est que j’affirme de plus en plus mon identité musicale. »

Tu viens de sortir le titre Dimension, issu de ton premier album éponyme qui sort le 13 décembre. Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce projet ? 

C’est un 6 titres autoproduit qui sera disponible en CD et sur toutes les plateformes de téléchargement.

C’est le résultat de ma rencontre avec Toffi. Entre nous, ça a matché de ouf. Il m’avait envoyé des prods et dans la soirée, j’ai écrit deux ou trois morceaux qui se trouvent sur le projet. Ça s’est fait spontanément. On l’a appelé Dimension parce que c’est un nouvel univers et le but est que j’affirme de plus en plus mon identité musicale. C’est la première dimension que je peux proposer.

Le projet est actuel en termes de sonorités et je pense que je vais perdre un certain public avec ça et en gagner un autre, mais ça va se rééquilibrer petit à petit. 

Pourquoi d’après toi ?

Je pense qu’il y a un public « puriste » qui m’a suivie à un moment et qui va être surpris.

Ça te fait peur de perdre du public ?

Non, je trouve ça dommage. Mais je mets des techniques en place pour récupérer tout le monde !

« Ça fait quatre ans que je fais des concerts et j’en ai minimum un par mois. »

Aujourd’hui encore, on voit très peu de rappeuses en France. Est-ce que tu souffres de cette invisibilisation ?

J’ai eu la chance de faire des scènes hyper tôt. Je rappais depuis seulement un an quand on m’a proposé des dates. Ça fait quatre ans que je fais des concerts et j’en ai minimum un par mois. Je m’en fous un peu de ne pas avoir de presse parce que tant que je fais des concerts, je suis contente. Ce que j’aime vraiment, c’est la scène. Des personnes proches ou que je ne connais pas me disent que je suis une artiste de live. En tout cas, c’est galère d’être un artiste et de se démarquer qu’on soit une femme ou un homme.

Quelles sont les femmes, connues ou pas, qui t’inspirent ?

J’écoute beaucoup de femmes dans tous les genres : Angèle, Rosalia, Reverie, Aretha Franklin, que j’ai toujours écoutée… Quand j’écoute du rap, j’ai du mal à ne pas poser une oreille professionnelle, du coup je suis hyper exigeante. Et quand c’est des filles, n’en parlons pas ! J’apprécie peu de rappeuses en vrai.

Qu’est-ce que tu attends d’une rappeuse ?

Je trouve que les gens n’ont pas autant d’exigences envers les femmes qu’envers les hommes dans le rap. Du coup, j’essaie de caler les mêmes exigences et je trouve qu’elles ne sont pas souvent remplies par les femmes. À mon goût, il y a très peu de nanas où je me dis « elle, elle kicke, elle m’a conquise de A à Z. » Après, il y a tellement de mecs que si j’étais un mec, je ne ferais pas de rap !

« Continuer de faire circuler une pensée est l’essence même de ce qu’on fait. »

Te définis-tu comme féministe ?

Être féministe, c’est juste soutenir les mêmes droits pour les femmes et les hommes et on ne devrait même pas avoir à le souligner. Donc je le suis, mais je n’ai pas envie de l’être. C’est comme quand les gens me disent « tu es bi ou tu es lesbienne ? Tu es ceci ou cela ? » Je suis comme je suis, si demain j’ai envie de me taper un mec c’est comme ça, si j’ai envie de me taper une fille c’est comme ça et je trouve que c’est pareil avec l’étiquette « féministe ».

Je comprends les personnes qui se revendiquent féministes et je les soutiens moralement, mais mes textes parlent d’eux-mêmes et je ne ressens pas le besoin de m’exprimer en plus que dans mes textes. Mais ça peut devenir un devoir selon l’ampleur que prend ma musique. Continuer de faire circuler une pensée est l’essence même de ce qu’on fait.

Tu es appréciée dans le milieu LGBT+. Qu’est-ce que ça t’évoque ?

Pas grand-chose ! C’est cool, mais comme si on me disait « tu es connue chez les fermiers.» Je comprends que je puisse parler à ces personnes, mais ce n’est pas un but. C’est juste ce que je suis moi. Mais je trouve intéressant de susciter de l’intérêt dans un milieu a priori peu fervent de rap.

Quels sont tes autres projets ?

J’ai deux projets d’avance. Je vais tourner cette année et de belles scènes arrivent normalement. On a beaucoup réfléchi à la scène sur les projets suivants. C’est dans ma lignée, c’est ça que j’aime faire.

Que peut-on te souhaiter pour la suite ?

Que mes petits trucs en attente se passent bien, de faire le plus de scènes possibles et de vivre du rap.

Que penses-tu de Madame Rap ?  Des choses à changer/améliorer ? 

Je trouve ça cool de soutenir les femmes, mais je trouve un peu dommage de séparer les hommes des femmes, même si j’en comprends la nécessité.

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© Lady B Photographie / Sarah Cabos

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