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Safyr Sfer : « Les meufs qui sont dans le game aujourd’hui ont des choses à dire »

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Dans le cadre du festival Intersections, Madame Rap a rencontré la rappeuse Safyr Sfer qui nous parlé de sa passion pour l’écriture, de ses expériences dans le rap et de son projet d’album.

D’où vient ton nom, Safyr Sfer ?

Les saphirs, tout le monde pense que c’est bleu, mais en réalité il peut y avoir plusieurs couleurs. J’ai choisi ce nom par rapport aux différentes étapes de ma vie. Sfer, je l’ai rajouté tout bêtement parce que ça sonnait bien comme ça.

Quand et comment as-tu commencé à rapper ?

J’ai commencé le rap par hasard. Avant tout, j’ai commencé par écrire. A 14 ans, j’étais un peu mal dans ma peau, je n’étais pas super jolie. Les garçons ça ne m’intéressait pas. J’ai été quand même harcelée jeune à l’école, parce que j’étais grosse.

À 14 ans aussi, je me suis convertie à l’islam, seule, je n’avais pas d’amoureux. Pour exprimer tout ce que je vivais, j’écrivais des poèmes. À cette époque, j’avais un autre complexe important, ma voix. Je rêvais d’avoir une voix fluette et j’avais une voix grave. Un jour à Genève on m’a proposé de venir rapper. J’ai trouvé que ma voix avait une bonne sonorité pour le rap.

Je ne me suis pas dit, « c’est mon rêve de faire du rap », mon rêve c’était d’écrire. Si je suis allée vers le rap, c’est aussi parce qu’une chanson de rap équivaut lyriquement parlant à quatre chansons de variété. Quand tu as des choses à dire, tu vas au rap.

Ce qui m’a fait continuer le rap, en partie, c’est qu’on m’a toujours sollicitée. Je n’ai jamais postulé pour avoir à faire ma musique. On m’a toujours proposé des choses que j’ai toujours acceptées. J’en suis fière.

Quand es-tu montée sur scène pour la première fois ? 

Je travaillais avec DJ Toots. C’était l’époque où les DJ faisaient des compils et les rappeur·euse·s se mettaient à la dispo des DJ. On a fait une compil qui s’appelle Nourriture Spirituelle, je devais avoir 15-16 ans. Avec ça, on a fait le tour des Fnac en Suisse et notre album a été coup de cœur. J’ai commencé les concerts comme ça.

En 2008 ou 2009, j’ai fait un tremplin qui s’appelait le Fagame Contest à Lyon, c’était un concours réservé aux femmes. J’avais envoyé une vidéo par hasard. Ils m’ont rappelée et je suis allée rapper et j’ai été finaliste ! Grâce à tout ça, j’ai fait la première partie de Zaho et j’ai pu travailler avec Youssoupha et Sefyu. C’était fou cette période ! Ça m’a ouvert des portes.

J’ai été aussi en résidence au CCO de Villeurbanne (69). Ils faisaient venir des personnes pour m’accompagner, avec des cours de théâtre et d’expression scénique. C’était du boulot franchement, mais j’ai accepté cette rigueur, je m’en suis donné les moyens. J’ai vite compris que travailler ses morceaux et se faire driver en studio, c’est très important, mais que la scène, c’est fondamental, et pour ça, il y a énormément de travail ! Si tu veux travailler la scène et avoir des bons retours, il faut bosser ! Au final, j’ai fait pas mal de concerts en peu de temps, j’ai grave bougé.

Te considères-tu comme rappeuse ?

Oui. En revanche, pour moi, le talent et le rap n’ont pas de sexe. En général, je ne dis pas que je suis rappeuse, je dis que je fais du rap.

Avant, mon rap c’était mes peines, mes chagrins, mes poèmes. J’écrivais pour moi, beaucoup à la première personne. Avec le temps, j’ai appris à écrire pour les autres. Ça a été un long travail de décentraliser et dé-personnifier cette écriture. Aujourd’hui, il y a toujours moi bien sûr, mes états d’âme, et surtout mes réactions à ce qu’il peut se passer en France comme à ce qu’il peut se passer dans mon cœur.

Quelles sont tes influences ?

J’ai commencé à écouter du rap féminin très tôt. J’ai connu Diam’s par Lady Laistee. Je suis accro au rap français, parce que j’aime les mots, comprendre ce que je chante et être touchée par la musique. C’est très important pour moi.  J’écoutais IAM, la FF, Oxmo Puccino, j’ai grandi avec tout ça. Pour ce qui n’est pas du rap, mon délire, par exemple, c’est Lynda Lemay ou Jacques Higelin.

Pourquoi penses-tu qu’il y ait si peu de femmes visibles sur la scène rap en France ?

Autour de moi, j’ai l’impression que les femmes écrivent de manière très consciente. Les meufs qui sont dans le game aujourd’hui ont des choses à dire et ont une place à prendre ! Mais est-ce que le public aujourd’hui demande à écouter des choses très conscientes avec des vrais messages ? Est-ce que tu crois que le public a envie d’écouter ce que l’on a à raconter ? A part une minorité, comme les connaisseur·euse·s ou les gens militants… Je crois même que les gens qui font et qui écoutent de la chanson française sont plus réceptifs à nos musiques que celleux qui écoutent du rap.

Aujourd’hui, le rap devient un business, les gens font du rap pour gagner de la tune. Nous, on fait ça parce qu’on a envie d’être entendues. On fait surtout ça par passion. Moi, je suis déjà contente de rentrer dans mes frais.

Comment en es-tu venue à participer au festival Intersections ?

Paulo et Erika, depuis le début pour moi c’est la famille ! Je les ai connu·e·s avant même la création de l’association, j’ai fait tous les événements avec elleux, depuis le début. C’est important pour moi de suivre ce travail, et puis je trouve que c’est devenu vraiment pro !

D’une façon générale, je suis ici parce que je trouve ça important qu’on donne la parole aux minorités, et que les minorités soient entendues.

Te définis-tu comme féministe ? Pourquoi ?

On me définit comme féministe, mais moi je ne sais pas si je me définis comme tel. J’ai un côté très contradictoire : je suis très femme de maison et en même temps je soutiens grave pleins d’idées féministes. J’ai besoin d’être proche de ma famille et d’en prendre soin, et à côté, je défends aussi des trucs.

Quels sont tes projets en ce moment ?

Tout d’abord, commencer le travail d’écriture d’un prochain album. Je reviens de loin, il y a beaucoup de choses qui se sont passées dans ma vie. J’ai des choses à dire. Je ne sais pas encore trop quelle forme va prendre ce nouvel album, ni quand il sortira, mais je me fais confiance. Je suis une meuf déterminée, c’est mon atout. J’ai toujours mis de la rigueur dans mon rap. Je ne veux faire perdre de temps à personne. Si je me mets un objectif en tête, je vais le tenir.

Dans tous les cas, je pense continuer sur cette lancée, je suis bien avec ma sœur DJ Kaynixe. On joue toujours ensemble, elle me suit partout en France. La particularité avec elle, c’est qu’elle a sa carrière à côté. Ça compte pour moi cette collaboration.

Que penses-tu de Madame Rap ?

Rien que l’appellation est plaisante. Franchement, j’aime bien votre message et vous êtes actives sur les réseaux. J’apprécie aussi le fait que ça parle de toutes les rappeuses. Force à vous.

Retrouvez Safyr Sfer sur Facebook, Instagram, YouTube, iTunes et sur toutes les plateformes de téléchargement légal.

Propos recueillis par Maëlis Delorme.

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